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venu : plus tard, pour éviter toute surprise, un coup de trompette donnait aux acteurs et aux choreutes le signal de leur entrée en scène. À Rome, au temps d’Auguste, un roulement du tonnerre de Claudius[1] annonçait à tous que la pièce allait commencer. Derrière le thymélé, vous apercevez un rideau ; on le baisse, et vous le voyez disparaître sous le plancher de la scène, suivant l’usage romain ; vous y eus rappelez le vers d’Horace :

Quatuor aut plures aulæa premuntur in horas,


et vous applaudissez à l’exactitude de cette manœuvre, en criant, à la mode athénienne ou romaine, ὀρθῶς, ϰαλῶς, θείως (orthôs, kalôs, theiôs), pulchre, bene, feliciter ! Prenez garde cependant ; ceci est un point d’antiquité fort controversable. Il est bien douteux que les Grecs, avant l’invasion des mœurs romaines, aient songé à dérober, un seul instant, la vue de la scène aux assistans. Du moins aucun texte, antérieur à la conquête, ne fait-il mention d’un pareil usage. Quoi qu’il en soit, en descendant lentement sous le théâtre, la toile a laissé à découvert le proscenium et la scène. Vous le savez, la scène, dans les théâtres anciens, était, à proprement parler, ce qui bornait la vue des spectateurs, ce qu’en termes de coulisses on nomme aujourd’hui la ferme. La scène ici représente le péristyle de la demeure du roi. Voici bien les trois portes du fond recommandées par Pollux. Celle du milieu est la porte royale, à l’usage du personnage principal ; les deux autres, plus petites, sont destinées aux acteurs chargés du second et du troisième rôle. De plus, sur les deux ailes en retour, appelées parascenia, s’ouvrent deux portes qui donnent entrée, l’une aux chariots venant de la campagne, l’autre aux dieux marins et à tout ce que des machines voiturent de la ville ou du port. Aussi appelait-on δρόμος (dromos) ; ou iter l’intervalle compris entre les deux portes latérales qui, dans Antigone, ne seront d’aucun usage, mais qui servaient dans l’Agamemnon d’Eschyle, par exemple, pour donner passage au roi des rois rentrant sur son char dans Argos.

La colonne aigüe qui s’élève à droite de la grande porte du palais est ἀγυιεὺς (aguieus), monument pieux qu’on dressait en Grèce devant les maisons, en l’honneur d’Apollon-Aguatès ou gardien des rues. Cette colonnette a pour support une table sur laquelle on déposait les offrandes

  1. Claudius Pulcher ayant perfectionné les moyens d’imiter le bruit du tonnerre dans les théâtres de Rome, on donna son nom à ce nouveau procédé : Claudiana tonitrua.