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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/856

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fin des écrivains de ce temps-ci. Ne demandez pas un art si habile au poète allemand. Il est un des premiers venus dans cette direction nouvelle, et peut-être le pourrait-on comparer à nos trouvères quand ils essayaient pour la première fois de faire exprimer par le renard ou quelque autre figure allégorique les libertés de leur pensée enhardie. Il est encore bien gauche, bien incertain, bien embarrassé ; son cœur est décidé, sans doute, mais son esprit hésite ; la finesse, la grâce légère, cette fleur de gaieté et de malice, indispensable aux tableaux qu’il veut peindre, il n’en est pas maître encore. Il procède surtout par de courtes moralités ; ce sont des sentences quand il est sérieux, des facéties quand la bouteille l’anime. Écoutez ce qu’il dit des grands seigneurs :


« Comment s’appellent donc les sept choses qui font un homme de qualité ? Ne rien apprendre depuis le berceau, et pourtant s’imaginer tout savoir, passer toute la nuit au jeu, tout le jour à faire bravement des dettes, parler l’allemand aussi mal que possible, écorcher le français à merveille, boire du Champagne et avoir ses entrées à toutes les cours, voilà, voilà les sept choses qui font un homme de qualité.

« Comment s’appellent donc les sept choses qui ne font pas un homme de qualité ? Ne pas vivre seulement pour soi, se rendre utile sans bruit, ne jamais se faire redemander une dette, ne point faire la débauche aux dépens des autres, écorcher la langue de l’esclavage, mais bien parler allemand pour le droit et la liberté, et souffrir plutôt la peine et la misère que d’avoir son entrée à aucune cour, voilà, voilà les sept choses qui ne font pas un homme de qualité. »


A côté de ces paroles fermes et honnêtes, vous trouverez quelque facétie, quelque jeu de mots, très mauvais ordinairement. En voici un qui fera juger des autres :


« Gog est déjà un grand diable, Magog est un diable beaucoup plus grand encore. Qu’est-ce donc que Démagog ? C’est de tous les diables le plus grand.

« Voilà ce qu’a dit un jour la bouche de l’ange. La diète allemande l’a entendu, et vite elle nous a fait connaître, à nous tous, hélas ! pauvres diables, la parole de l’ange. »


Une autre fois, ce sera le peuple lui-même dont il se moquera : « dors, bon peuple ; que te faut-il davantage ? » ou bien il lancera une plaisante satire contre l’Allemagne tout entière. Pour cela, il chantera Arminius, ou Armin, comme il l’appelle, et composera, d’après Arioste ou Voltaire, un petit poème héroï-comique, qui est une de des plus heureuses productions. Armin est revenu à la vie par un