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pas été épargnées. Malheureusement tantôt les explorations de l’envoyé se sont réduites à de simples notes de touriste, tantôt le voyageur, à son retour à Paris, n’a plus retrouvé au pouvoir ceux qui l’avaient chargé d’étudier des contrées lointaines ; on ne pensait plus ni à lui, ni aux questions qui avaient motivé son départ. D’autres fois, on s’est avisé de dépêcher coup sur coup, dans des pays où les Français sont signalés comme un peuple étourdi, sans suite dans les idées, deux et trois agens dont les querelles n’étaient guère de nature à dissiper les préventions établies contre nous. Ces malheureuses tentatives ont encore l’inconvénient très grave de dégoûter le pays de ces missions, de ces représentations incomplètes qui lui coûtent certainement trop pour ce qu’elles rapportent. Opposerons-nous à ces promenades diplomatiques si peu fructueuses l’expédition du colonel Chesney sur l’Euphrate, qui a eu des résultats, bien qu’elle n’ait pas réussi complètement, et les deux voyages de sir Alexandre Burnes ? Suffit-il donc d’envoyer des agens sur un point donné, comme par acquit de conscience, comme par hasard, d’établir un homme au pied d’un mât de pavillon, et de l’y laisser sans lui assurer les moyens de jouer un rôle convenable ? Ce qui fait la force des agens anglais dans le golfe Persique, c’est la fréquence de leurs relations avec les côtes de l’Inde, le nombre croissant de bateaux à vapeur qui naviguent dans ces parages. Loin d’être isolés, ils se trouvent, pour ainsi dire, chez eux, là où nous ne sommes représentés que par un individu jeté à une immense distance de l’ambassade dont il relève. Est-il possible de lutter avec avantage contre une influence si puissante ? Cela est au moins fort difficile ; mais, sans avoir les mêmes moyens d’agir, on peut avoir la force de tempérer une ambition voisine : on peut toujours veiller attentivement à ce qu’une nation ne s’accroisse pas aux dépens de celles qui sont liées avec elle par des traités de paix ; on doit ouvrir les yeux sur des faits qui contredisent les paroles.

Le commerce est un moyen plus efficace peut-être que la diplomatie d’entrer en communication avec les peuples étrangers. C’est par l’immense développement de son commerce que l’Angleterre est venue à bout de couvrir les mers de ses vaisseaux, et, par suite, d’assurer sa prépondérance là où elle l’a voulu. D’où vient que les produits de nos fabriques sont si peu répandus dans les pays lointains ? Les relations commerciales péniblement établies par les maisons françaises languissent et s’interrompent dans des contrées où celles de nos concurrens prospèrent à vue d’œil. Ce qui rend pour nous la navigation précaire et trop dispendieuse, c’est le manque de ports de relâche. Il faut avouer