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LES


PSEUDONYMES ANGLAIS


AU DIX-HUITIÈME SIECLE.




DE FOE. — PSALMANAZAR. — LAUDER. — MACPHERSON. — CHATTERTON. — IRELAND.




Il n’y a pas, dans l’histoire littéraire, de groupe plus bizarre que celui des pseudonymes anglais, qui abondent entre 1688 et 1800, ni de question plus neuve et moins expliquée. C’est alors qu’une centaine d’écrivains, entre lesquels je choisirai les plus notables, renoncent de parti délibéré aux splendeurs du nom propre, et sacrifient leur vanité à leur intérêt ou à leurs passions. La gloire vient quelquefois les chercher, toujours malgré eux.

Chacun a son but distinct, et le poursuit avec un acharnement sérieux, isolé, mystérieux, si bien qu’on serait tenté de prendre ces écrivains pour des faussaires, non pour des pseudonymes. S’ils cachent leur nom et voilent leur main, c’est pour mieux exécuter leur œuvre. Ceux-ci veulent détruire une vieille réputation qui les gêne ; ceux-là, populariser des sentimens qu’ils croient utiles ; d’autres, glorifier leur nationalité spéciale ; la plupart, faire fortune. Il y a les honnêtes et les innocens, comme De Foë ; — les imprudens et les violens, comme