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qu’il faut armer de canons. Le défaut d’espace ne permettant pas de développer sur ces points une nombreuse artillerie, il faut, autant que possible, compenser la puissance du nombre par celle du calibre, unir, si on le peut, la plus grande portée au plus grand effet.

Voilà, suivant nous, le mode général d’armement qui convient au vapeur de guerre.

Ce n’est pas là une théorie nouvelle : le principe que l’on vient d’exposer dans son expression la plus générale, a trouvé depuis long-temps son application en Angleterre et aux États-Unis ; cet exemple a eu des imitateurs en Russie, en Hollande, à Naples, chez tous les peuples maritimes. Nous seuls persistons à le méconnaître, à poursuivre dans la nouvelle marine une assimilation impossible et dangereuse, et cette persistance, on est forcé de le dire, est pour notre flotte à vapeur une cause générale d’infériorité. Nous la signalons une fois pour toutes, et pour n’y plus revenir dans le cours de cet examen.


Cela posé, nous continuons :

L’Infernal, le troisième des vapeurs de 450, a reçu de l’usine d’Indret une machine à quatre cylindres, système nouveau dont on a fait la première application sur un des vapeurs employés aux travaux de la digue de Cherbourg ; un second essai eut lieu bientôt après abord du Comte d’Eu, construit dans les chantiers d’Indret, et destiné au roi, comme bâtiment de plaisance. Ces deux essais, le second surtout, ne furent pas heureux, et le Comte d’Eu, construit à grands frais, fut jugé impropre à sa destination.

Quoi qu’il en soit, on ne se tint pas pour battu ; deux autres navires, l’Infernal et l’Ardent, reçurent des appareils construits sur le même système, l’un de 450, l’autre de 220, et d’autres appareils semblables sont en voie d’achèvement. Cette nouvelle épreuve fournira-t-elle des résultats plus satisfaisans et plus décisifs ? Il faut sans doute l’espérer ; car, si elle devait justifier les défiances inspirées par premiers résultats, il y aurait lieu de regretter que, par un excès de précipitation, on n’ait pas attendu une expérience décisive avant d’appliquer sur une grande échelle un système nouveau.

Le quatrième navire porté sur l’état est le Cuvier, de 320 chevaux. Lorsqu’en 1838, la Gorgon et le Cyclops sortirent des ports d’Angleterre, on fut frappé de leur puissance comme bâtimens de guerre, aussi bien que de leurs belles qualités à la mer. Aussi mit-on un louable empressement à se procurer les plans et les données nécessaires pour doter notre marine de bâtimens semblables, et c’est d’après ces plans, modifiés en vue d’améliorations douteuses, s’il faut en juger par le résultat, que l’on produisit le Cuvier.

Malheureusement, loin de ressembler au type dont il est sorti, le Cuvier n’a qu’une marche détestable, il ne peut non plus porter à la fois son artillerie et son combustible. Nous pouvons citer un fait récent qui témoignera de sa médiocrité : Ayant quitté Brest avec l’Archimède, de 220 chevaux.