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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/729

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Il n’en saurait être ainsi sur les mers lointaines : là ce sont des frégates qu’il faut spécialement destiner aux croisières, et quoiqu’en apparence il n’y ait rien de fort nouveau dans ce que je vais dire, je voudrais pourtant appeler sur ce point l’attention.

Mon opinion sur les frégates n’est point du tout la même que sur les vaisseaux. Loin d’en réduire le nombre, je voudrais l’accroître ; pour la paix comme pour la guerre, il y a à leur demander d’excellens services, et on les obtiendrait sans surcroît de dépense, en distribuant seulement nos stations d’une manière mieux entendue.

La frégate seule me parait propre à aller représenter la France au loin, et encore, la frégate de la plus puissante dimension. Seule, en effet, elle peut, avec une force efficace et un nombreux équipage, porter les vivres nécessaires pour tenir la mer long-temps de suite ; seule elle peut, comme je l’indiquerai tout à l’heure, s’approprier également aux besoins de la paix et à ceux de la guerre. A mille ou deux mille lieues des côtes de France, je n’admets plus de distinction entre ces deux états ; les stations lointaines, qui peuvent apprendre une guerre plusieurs mois après qu’elle a été déclarée, doivent toujours être constituées sur le pied le plus formidable. Les motifs d’économie doivent ici disparaître devant des idées plus grandes et plus élevées. Il ne faut pas que jamais, par une ruineuse parcimonie, les forces de la France puissent être sacrifiées ou même compromises.

Jusqu’à présent nos stations lointaines ont été composées d’une frégate portant le pavillon de l’officier-général commandant la station, et de plusieurs corvettes ou bricks. Deux motifs ont amené cet état de choses : les demandes des consuls, toujours désireux d’avoir un bâtiment de guerre à portée de leur résidence ; et, en second lieu, la grande raison de l’économie, si souvent invoquée, qui a fait réduire la force et l’espèce des navires, dont on ne pouvait réduire le nombre.

Il en est résulté que, voulant être partout, nous avons été partout faibles et impuissans.

C’est ainsi que nous envoyons des frégates de 40 canons [1] et de

  1. Ainsi, pour la station du Brésil et de la Plata, nous avons une frégate portant le pavillon de l’amiral commandant la station. Les gouvernemens anglais et américain ont aussi une frégate ; mais voici la force respective de ces navires :
    ¬¬¬
    France, Africaine 40 canons 311 hommes
    Angleterre, Alfred 50 — 445 —
    Amérique, Raritan 60 — 470 —

    Le reste de la station est composé de petits navires, et là encore nous sommes en infériorité de nombre et d’espèce.
    Autre exemple : Notre station de Bourbon et Madagascar, destinée à protéger notre établissement naissant de Mayotte, et à soutenir les catholiques d’Abyssinie, dont l’amitié conserve à la France une des clés de la mer Rouge, se composera de :

    1 corvette de 22 canons ;
    1 brick de 20 canons ;
    1 gabare (transport) ;
    1 vapeur de 160 chevaux.

    Tandis que la station anglaise du Cap comptera :

    1 frégate de 50 canons ;
    1 frégate de 44 ;
    2 corvettes de 26 ;
    2 bricks de 16 ;
    1 vapeur de 320 chevaux.