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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/725

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ayant le loisir d’expérimenter, et de plus, ayant sous les yeux une marine à vapeur marchande où le nombre et la concurrence amenaient des progrès de tous les jours, avait mis en mer des navires magnifiques.

Les hommes qui gouvernaient nos affaires en 1840 furent frappés de ces progrès, et en sentirent la portée : une tentative énergique fut faite pour donner à la France une véritable marine à vapeur, par la création de nos paquebots transatlantiques.

Malheureusement cette tentative a été la seule : malgré les efforts si louables et si persévérans du département des finances pour tracer une voie d’amélioration à la marine à vapeur par l’exemple de ses paquebots, on s’est obstiné à la laisser végéter, et aujourd’hui elle ne suffit plus aux besoins de la paix, loin d’offrir les ressources qu’elle devrait fournir pour la guerre.

Et l’on ne saurait accuser les chambres de cette triste insuffisance. Chaque fois que des fonds ont été demandés pour doter la France d’une marine à vapeur, ils ont été votés avec un patriotique empressement. L’argent ne s’est jamais fait attendre ; mais on espérait qu’il qu’il y aurait un résultat qui répondrait à tant de dépenses, à tant de sacrifices. Ce résultat apparaît maintenant à tous les yeux. Par un excès de prévoyance trop commun chez nous, l’administration a cru devoir, avant tout, créer des moyens de réparation pour la nouvelle marine. Dans tous nos ports s’élèvent aujourd’hui de magnifiques ateliers enfermés dans des monumens grandioses. Ces ateliers sont destinés à réparer les avaries et à pourvoir aux besoins de la marine à vapeur, et cette marine ne fait que de naître.

Cependant, comme on ne peut pas laisser ces vastes ateliers sans emploi et leurs ouvriers sans ouvrage ; comme, du reste, par la force des choses, tout ce que nous avons de navires à vapeur est employé à Toulon, et que là seulement il y a des navires à réparer, qu’a-t-on fait des ateliers construits dans les ports de l’Océan ? On les a employés à fabriquer des machines, au lieu d’en donner la construction, comme un encouragement, à l’industrie particulière.

Nous avions déjà Indret, et ses coûteux produits. Fallait-il ajouter encore à ce luxe de constructions ? Fallait-il employer l’argent destiné à l’accroissement et à l’amélioration de la flotte, pour élever des monumens dont l’utilité présente est loin d’être démontrée ?

Nous avons toujours été portés à augmenter sans mesure les immeubles de la marine, au détriment de ce qu’il y a dans l’arme d’efficace et d’agissant. Il serait bon d’essayer du système contraire, et j’ai