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serait de la folie ; s’il y a des néo-gibelins, je serai néo-guelfe [1]. » On rappelle aussi l’ancienne suprématie de la cour de Rome. Grâce à la souplesse qu’il a toujours montrée dans les choses politiques, le catholicisme compte des alliés parmi les poètes, parmi les démocrates découragés, parmi les révolutionnaires, qui appuient leurs théories sur l’Évangile, et pour le moment toutes les opinions sont admises sous la sauvegarde des croyances. C’est ainsi que se forme le parti guelfe. Dans la Haute-Italie, il grandit tous les jours ; il sait également tourner à son profit les concessions de l’Autriche et la résistance qu’elle oppose aux idées obscurantistes.

Rien n’est plus étrange que les illusions du parti qui rêve aujourd’hui la suprématie politique de la cour de Rome. La papauté est un pouvoir qu’on peut juger à l’œuvre, et devant cette réalité vivante on ne comprend guère les espérances que fondent les nouveaux guelfes sur le gouvernement du saint-siège. Les tribunaux, les finances, le conseil d’état, les fonctions publiques, tout à Rome est entre les mains du clergé ; le titre de prélat ouvre l’accès de toutes les carrières ; c’est la condition première de toute existence politique. Ainsi, pour parler le langage de M. Rosmini, des hommes sans famille et sans patrie se sont emparés d’une population nombreuse, se sont organisés, et rien ne les a empêchés de développer les conséquences renfermées dans le principe qui les réunissait.

L’essai de l’utopie d’un gouvernement catholique dure donc depuis bien des siècles : l’église a eu le temps nécessaire pour élargir et perfectionner ses institutions. Qu’est-il arrivé ? La propriété, le travail et la capacité, la richesse, l’industrie et la science, en un mot tous les élémens qui constituent l’état, se meuvent aujourd’hui complètement en dehors du gouvernement. L’aristocratie des prélats s’est conservée invariable, inaccessible, impeccable : elle sait étouffer les scandales du clergé inférieur ; jamais aucune faute n’a été imputée à un grand dignitaire : d’ailleurs les dignitaires sont inamovibles, et même, en cas

  1. Voyez le Speranze dell’ Italia, par M le comte Balbo : c’est un vrai programme contre l’Autriche au point de vue de la cour de Turin, écrit par le plus noble et le plus chevaleresque de tous les guelfes. M. Balbo voudrait donner la Turquie à l’Autriche, la Pologne à la Prusse, ou, vice versa, la Prusse à la Pologne ; il croit que la France et l’Angleterre se réuniraient pour arracher la Turquie à la Russie et l’Italie à l’Autriche. Cette utopie diplomatique est marquée d’un esprit de bienveillance universelle ; malheureusement l’auteur, pressé entre l’église et l’empire, finit par céder à l’église et dédie son livre à un abbé connu par son intolérance.