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souveraineté du peuple par la raison péremptoire que les existences ne créent pas Dieu. Or, comme le pape est en Italie, c’est le pape qui doit relever l’Italie, et l’Italie qui doit racheter les peuples de l’Europe de la barbarie où ils se trouvent plongés. Ici l’abbé Gioberti se surpasse ; citons au hasard quelques passages. Le pape est le créateur du génie italien ; l’Italie est spirituellement dans le pape comme le pape est matériellement en Italie. « Que le pape soit naturellement et doive être réellement le chef politique du pays, c’est là une vérité prouvée par la nature du christianisme, confirmée dans l’histoire de plusieurs siècles, acceptée autrefois par les peuples et par les princes italiens. » D’où vient que cette vérité est méconnue ? Elle est méconnue par l’influence des idées étrangères, « toutes les erreurs ont été introduites en Italie par les barbares ; »— « l’erreur n’est pas indigène en Italie, » Mais en présence de la situation actuelle, que feront les Italiens ? L’abbé turinois, du haut de sa grandeur, s’adresse à toutes les classes ; il conseille aux princes d’aimer les peuples, aux peuples d’aimer les princes ; il veut introduire force jésuites, capucins et dominicains dans le pays. Autant il est violent dans la critique des philosophes, autant il est servile quand il parle de Charles-Albert ; il nous apprend que le saint-siège protège la liberté de la pensée, il se prosterne devant la vénérable censure des états romains. Par une velléité d’émigré, M. Gioberti veut des réformes, même des constitutions, moins la liberté de la presse, et il est affligé de voir qu’on traduit en italien les philosophes barbares. Ainsi « l’Italie est l’organe de la raison souveraine, de la parole royale et idéale, la source, la règle, la garde de toute nation, de toute langue, parce que là réside le chef qui dirige, le bras qui meut, la langue qui enseigne et le cœur qui anime la chrétienté universelle. » Rome doit dominer la confédération des rois italiens, l’Italie doit remplacer la suprématie de la France, reprendre sa supériorité sur tous les peuples, avoir ses colonies, convertir la Russie, réintégrer la foi en Allemagne, secourir l’Angleterre dans sa crise imminente. « Rome étant plus idéale que l’Italie, l’Italie que l’Europe, l’Europe que l’Orient, l’Orient que le monde, chacune de ces régions est le continent idéal de l’autre, comme l’âme du corps, l’idée de l’esprit, Dieu de l’univers. » L’abbé piémontais prodigue mille éloges hyperboliques aux poètes, aux prosateurs, aux savans, aux artistes, aux anciens, aux modernes, au climat, aux races, aux hommes, aux choses, pour conclure, se répétant sans cesse, que l’Italie est universelle, surnaturelle, religieuse, sacerdotale, etc., qu’en un mot