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deux choses qui ne s’allient pas en France, ce qui exaspère le poète italmate contre les Français et les Françaises.

M. de Cavours n’est pas moins porté vers la précision et la logique que M. Tomaseo vers la bizarrerie : il écrit en français, et la langue française, en s’emparant du système de M. Rosmini, le simplifie, en efface les irrégularités, le discipline, et le met à sa place dans l’histoire de la philosophie moderne. D’après M. de Cavours, Descartes a proposé une double réforme : son doute conduisait au scepticisme, son axiome, cogito ergo sum, supposait l’idée de l’être, et conduisait au premier principe de la connaissance. Le vice du cartésianisme était caché, les bienfaits étaient frappans, l’innovation fut accueillie sans réserve. On améliora la philosophie dans les détails, peu à peu l’analyse se porta sur les circonstances extérieures de la pensée, l’élément sceptique du cartésianisme prévalut, et le vrai principe de la connaissance fut méconnu. Au XVIIIe siècle, la science est bouleversée ; on perfectionne les ornemens de l’édifice, on en détruit la base ; les accessoires font oublier le fond ; on s’occupe des conclusions, et on détruit les prémisses. Reid tente une réforme, mais il ne peut sortir du cercle du scepticisme. Kant réhabilite la raison sans découvrir le premier principe de la certitude ; les écoles qui viennent après Kant flottent entre le panthéisme et le scepticisme. M. de Cavours nous présente enfin les théories rosminiennes comme la conséquence de la philosophie moderne et le principe d’un nouveau mouvement philosophique. — Suivant M. de Cavours, le progrès de la morale ne s’explique que par l’intervention directe des révélateurs. L’homme, dit-il, n’est, dans l’état de nature, qu’un animal intelligent : il naît sans amour, l’égoïsme seul est inné en lui ; l’homme naît sans idées morales, il peut penser, il est vrai ; toutefois sa pensée, sans le secours de la parole, se trouve réduite à la perception des objets. C’est la parole qui provoque l’intelligence à abstraire, c’est la révélation qui lui transmet les idées morales, c’est Dieu qui nous donne avec l’amour la force pour les suivre. Avant l’Évangile, les idées morales étaient limitées, l’amour n’était que de la bienveillance ; l’Évangile a effacé toutes les limites, et tandis que l’intelligence conçoit l’idée d’un bien infini, la charité chrétienne embrasse l’humanité tout entière. Il y a sans doute des athées qui raisonnent avec précision sur les idées révélées, des jurisconsultes qui appliquent avec rigueur les principes du droit sans avoir foi dans le fondement de l’obligation morale ; on voit les moralistes qui ont la même notion, le même sentiment du devoir, s’efforcer d’expliquer le droit par des théories