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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/669

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prétexte à jeux de mots, et l’être indéterminé de M. Rosmini, après avoir été Dieu, le premier principe de certitude, devient, par la toute-puissance de la phrase, la source de l’orgueil et du doute.

On attribue à M. Tomaseo un livre sur l’Italie, ou plutôt un sermon contre l’immoralité des gouvernemens italiens. Je respecte le catholicisme de M. Tomaseo ; c’est une foi ardente qui combat contre la domination temporelle de l’église au nom de l’Evangile et de l’unité italienne. Je préfère même cette franche indignation d’un esprit simple et naïf aux sophismes savans de M. Rosmini ; il y a du courage dans ce patriotisme un peu dépourvu de sens commun et qui propose de supprimer la diplomatie et de renvoyer tous les princes italiens avec des apanages vivre où bon leur semble ; il y a de l’élévation dans cette critique amère qui s’acharne contre les hommes avec une sainte ignorance des affaires de ce monde et des lois de l’esprit humain. M. Rosmini veut conquérir la terre à force de bénédictions : pourquoi serait-il défendu à M. Tomaseo de régénérer l’Italie à force de rhétorique ? Au moins l’écrivain dalmate ne fausse pas la justice pour sanctifier tous les abus ; il ne fausse pas la charité pour encourager toutes les oppressions, il ne parle pas d’amour mystique pour réclamer les biens ecclésiastiques et pour dénoncer des libéraux. M. Tomaseo prêche le règne du Christ avec une rude éloquence ; dans ses visions, il voit le pape danser avec un caporal autrichien et un juif, Marie-Louise danse avec Neipperg et Napoléon, d’autres dansent à leur tour avec je ne sais qui ; ce sont là des puérilités, mais ce ne sont pas des théories fondées sur les principes du droit seigneurial et du droit canon. Si, au point de vue de la science, nous ne pouvons qu’admirer les subtilités de M. Rosmini, certes toutes nos sympathies nous forcent à absoudre les rêves de M. Tomaseo.

Parmi les nombreux écrits de M. Tomaseo, il y a quelques romans conçus d’après un but moral, et par conséquent très ennuyeux : le plus remarquable a pour titre Foi et Beauté. C’est l’histoire d’une jeune fille qui se fait entretenir par un boyard, ensuite par un étudiant, en troisième lieu par un négociant ; après plusieurs aventures, elle se marie en Bretagne et meurt de phthisie. On nous demandera quelle est la moralité de ce roman ? Le récit nous montre la funeste influence de la vie parisienne et la puissance des cérémonies religieuses. A Paris, l’héroïne de M, Tomaseo ne peut vivre qu’avec un boyard ; plus elle s’éloigne de Paris, plus elle devient vertueuse. En Bretagne, elle fréquente les églises, et meurt comme une sainte. Voilà le don de la foi mis en poésie ; le titre du roman aurait dû être : Dévotion et volupté,