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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/640

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qu’entraîne l’expansion de l’industrie. Cependant il ne faudrait pas se draper trop fièrement dans cette robe d’innocence, qui déjà se déchire en plus d’un endroit. De 1841 à 1842, le nombre des accusés s’est accru de 37 pour 100 dans le comté d’York ; il était en 1841 de 1 sur 839 habitans, il est de 1 sur 612 aujourd’hui [1].

Je n’examinerai pas avec M. Baines si les crimes contre les personnes sont plus communs dans les districts agricoles que dans les districts manufacturiers, car, cela fût-il, l’on aurait tort de tirer de ce fait une induction favorable à l’industrie. La diminution des crimes de violence dans un pays est un résultat dont il faut toujours se féliciter, parce que la société a pour fin principale de protéger l’existence et la liberté des individus ; mais on sait que, dans les délits contre les personnes, la gravité de l’acte explique rarement au même degré l’immoralité de l’agent. Une tentative de meurtre, des violences poussées jusqu’à l’effusion du sang, accusent des passions fortement excitées plutôt que l’habitude du mal. Les atteintes portées au droit de propriété, lorsqu’elles se répètent, annoncent l’oubli de tous les principes ; celui qui vit de vol ou d’escroquerie est un criminel de profession qui a déclaré la guerre aux lois. Partout où les délits contre la propriété augmentent, la partie corrompue de la société s’accroît aux dépens de la partie saine, et voilà quelle est aujourd’hui la situation des districts manufacturiers.

Il faudrait une assurance peu commune pour affirmer que la débauche fait dans les campagnes les mêmes ravages que dans les grands centres d’industrie. L’ivrognerie est de tous les jours à Manchester ou à Londres ; on ne s’enivre guère à la taverne du village que le dimanche ou le lundi. Les mœurs peuvent être relâchées dans les campagnes, mais la prostitution, ce mal particulier aux populations

  1. En France, l’inégalité qui existe entre les départemens manufacturiers et les départemens agricoles est beaucoup plus tranchée. En 1840, la moyenne des crimes et des délits présentant 1 accusé sur 4,077 habitans, on a compté dans le département manufacturier de la Seine 1 accusé sur 1,245 habitans ; dans celui du Haut-Rhin, 1 accusé sur 2,014 habitans ; dans celui de la Seine-Inférieure, 1 accusé sur 2,030 habitans ; dans celui de la Marne (Reims), 1 accusé sur 2,342 habitans, et dans celui du Rhône, 1 accusé sur 3,766 habitans. Les départemens agricoles ont offert les proportions suivantes : celui de l’Isère, 1 accusé sur 13,037 habitans ; celui de la Creuse, 1 accusé sur 9,869 habitans ; celui de l’Ain, 1 accusé sur 8,877 habitans ; celui des Hautes-Pyrénées, 1 accusé sur 8,720 habitans ; celui de la Haute-Saône, 1 accusé sur 8,373 habitans ; celui du Jura, 1 accusé sur 8,283 habitans ; celui de l’Orne, 1 accusé sur 7,047 habitans, et celui de la Haute-Loire, 1 accusé sur 7,385 habitans.