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toutes les idées reçues sur les origines de la confédération. Ils prouvent que la maison d’Autriche avait des droits réels, même sur les Waldstetten ou cantons primitifs. Leur mouvement national fut donc une sédition, une usurpation. Voilà les conclusions que tire ou qu’aide à tirer M. Kopp dans les observations dont il accompagne les actes officiels retrouvés par lui ; ces remarques n’ont l’air que de simples notes de commentateur, mais, sous cette apparence inoffensive, ces notes cachent un sens très large et très précis. M. Kopp eut d’autant moins de peine à faire accepter ses vues, qu’il semblait se borner à publier des titres pour en faire juge le lecteur. Toutefois, passé le premier moment de surprise, on s’aperçut bientôt qu’il y avait plus d’une réponse à faire à M. Kopp : il arguait infiniment trop du silence ou de la disparition des documens contre la réalité de tel ou tel personnage, de tel ou tel événement réputés jusqu’ici historiques : il avait trop confondu le fait et le droit, afin de transformer en usurpation, en spoliation, un mouvement national qui avait d’autres moyens de se légitimer, et qui se justifiait surtout par l’ensemble de la situation. Le système de M. Kopp, qui trouva d’ailleurs des partisans nombreux, fut très vivement attaqué en divers sens. Il provoqua de nouvelles recherches qui font assurément le plus grand honneur à la pénétration des savans occupés de cette matière si ardue du droit féodal. Parmi ces travaux, l’un des plus remarquables, mais qui n’a pas trait directement aux Waldstetten, est celui d’un des principaux hommes d’état de la Suisse, le chef du parti conservateur à Zurich, M. Blountschli [1].

Un point cependant reste intact dans le système de M. Kopp, et, il faut le dire, c’est le point principal. On ne peut plus nier aujourd’hui que la maison d’Autriche ne tînt d’elle-même et de l’empire des droits positifs sur les trois premiers cantons confédérés : voilà ce point, non pas absolument nouveau, mais que personne avant M. Kopp n’avait aussi nettement mis en lumière. M. Hisely, dans ses Mémoires sur les Waldstetten, fit de ces droits une savante et minutieuse analyse ; il en discuta l’importance, mais il ne songea nullement à les nier. Suivant la tradition nationale, ces trois petits cantons alpestres n’auraient dans le principe relevé que de l’empire, et, en se soulevant contre les Habsbourg, ne se seraient soulevés que contre une usurpation. Il fallut successivement rejeter cette tradition, d’abord en ce qui regarde Schwitz, puis en ce qui touche Underwald. Quant à Uri, qui est comme la forteresse et le dernier refuge de tout le pays, le débat ne fut pas aussi promptement terminé. M. Heusler, conseiller d’état de Bâle, défendit avec talent cette dernière position dans un savant travail sur les Commencemens de la liberté d’Uri. La tradition nationale a dû enfin battre en

  1. Histoire de l’état et du droit de Zurich (Staats-und Rechtsgeschichte der Stadt und Landschaft Zurich), 1838, 2 vol. in-8°.