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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/525

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auquel ils accordaient une autorité supérieure pour juger leurs différends de famille et diriger leurs relations avec les étrangers. Des Beloutchis, dotés pour leur entretien d’assignations de terres, composaient la principale force militaire des émirs, autour desquels ils formaient des dans dévoués. Il y avait d’ailleurs deux grandes divisions territoriales : le Haut-Scinde, qui avoisine l’Afghanistan, et dont la capitale était Khyrpore ; le Bas-Scinde, dans lequel se trouvent les bouches de l’Indus, et dont Hyderabad était la principale ville. Ces deux divisions avaient chacune leur reïs ; mais la prépondérance de la cour d’Hyderabad était reconnue par les émirs de Khyrpore.

Jusqu’en 1836, la confédération des émirs n’avait eu avec les Anglais que les rapports d’une puissance complètement indépendante. Menacée à cette époque par le souverain du Pundjab, Runjet-Singh, elle noua avec le gouvernement de l’Inde des négociations qui furent conclues au mois d’avril 1838. Les émirs acceptaient la médiation des Anglais dans leurs différends avec Runjet-Singh, et ils permettaient la résidence d’un ministre britannique, accompagné d’une escorte convenable, à Hyderabad. Ce traité était signé depuis deux mois à peine, lorsque les Anglais l’annulèrent par les arrangemens qu’ils prirent avec le shah Soudja, dans l’intérêt de l’entreprise qu’ils méditaient sur l’Afghanistan. Ils firent revivre, au nom du chef imbécile qui servait de plastron à leur politique, de vieilles prétentions sur le Scinde, et, pour prix de leur médiation à l’égard du nouvel ennemi qu’ils créaient aux émirs, ils exigèrent des concessions nouvelles : ils leur demandèrent d’abord de racheter les prétendus droits de Soudja par une somme d’argent qui servit aux frais de l’expédition. La sûreté de l’armée qui allait marcher contre Caboul rendant nécessaire l’occupation militaire du Scinde, placé précisément entre l’Afghanistan et leur base d’opérations, les Anglais demandèrent encore aux émirs de leur permettre de former et d’occuper, tant que dureraient les hostilités, une chaîne de postes et de magasins depuis Kourachi, à l’embouchure de l’Indus, jusqu’au fameux passage du Bolan, sur la frontière de l’Afghanistan, de manière à relier par une grande ligne de communication militaire Bombay et la mer à la capitale des possessions qu’on allait conquérir pour le shah Soudja. Les émirs du Haut-Scinde se rendirent sans opposition à ces exigences : ceux du Bas-Scinde ne cédèrent que lorsque les armées de Bombay et du Bengale, traversant leur territoire, leur imposèrent dans un traité formel ces dures conditions.

Voici la nouvelle position que ce traité faisait au Scinde et aux