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— Les tapis de Smyrne et de Césarée, dont on n’a pu imiter en Europe ni la finesse ni l’éclat, ajouteraient au commerce un article important, mais ils sont prohibés par toutes les douanes de l’Europe. — La cire, la soie, les éponges, les gommes, ne figurent que pour des sommes peu considérables au tableau des exportations de Smyrne, qui se réduisent, comme on le voit, à bien peu de chose. Ses achats consistent en produits manufacturés et en denrées coloniales. Ici se présente une nouvelle question. La France, qui fournissait en grande partie autrefois ces produits et ces denrées, a maintenant abandonné la place aux autres nations ; après avoir parlé de la ruine du commerce turc en Turquie, il nous reste à apprécier la décadence déplorable du commerce français dans le Levant.

Si l’on jette un regard sur l’état comparatif du commerce moyen des puissances européennes dans le Levant, pour l’année 1789, on voit que la somme des opérations de la France forme exactement la moitié du total général des affaires. En 1816, ce chiffre était resté à peu près le même ; en 1842, notre pays n’entre plus que pour moins d’un sixième dans le mouvement général ! Le commerce anglais a suivi la marche contraire. La Grande-Bretagne, qui, jusqu’en 1816, faisait le dixième seulement des opérations, en fait aujourd’hui plus du quart ; l’Autriche en fait un autre quart ; l’Italie, les États-Unis et la Russie se partagent le reste. — On doit attribuer à plusieurs causes l’accroissement du commerce de nos voisins et l’amoindrissement du nôtre. La raison principale est, je crois, celle-ci : c’est que, jusqu’au rétablissement de la paix générale, la France, en fait de commerce, n’avait pas à soutenir dans le Levant la rivalité de l’Angleterre. Avant cette époque, le commerce anglais ne paraît pas avoir songé à la Turquie. Si l’on consulte l’état officiel des douanes anglaises, on voit qu’en 1816 la Grande-Bretagne achetait dans le Levant pour 5 millions, et vendait pour 6 millions seulement. Les mouvemens qui se faisaient en Turquie donnèrent alors l’éveil aux négocians de Londres ; ils comprirent que des innovations apportées dans les mœurs devaient naître dans les opérations commerciales de grands changemens, et qu’un pays ainsi bouleversé était pour de hardis spéculateurs un terrain magnifique. La possession nouvelle de Malte offrait d’ailleurs à leurs projets une grande facilité d’exécution. Sans attendre qu’on leur donnât l’exemple, comme en France nous sommes trop habitués à le faire, ils obéirent à l’instinct et s’élancèrent les premiers vers l’Orient. Ayant ouvert à leur commerce les voies nouvelles de Damas et de Trébisonde, ils élevèrent presque à 30 millions le total de leurs opérations,