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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/472

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philosophie, et de cette merveilleuse loi que toute philosophie rationnelle est panthéiste. L’Essai sur le panthéisme, de M. l’abbé Maret, qui passe pour un livre savant et profond dans tout le clergé, et la Théodicée chrétienne, ouvrage supérieur encore, à ce que M. l’archevêque de Paris assure, ne sont guère que la thèse de M. Goschler développée. Et il y a en France, sur les siéges les plus élevés de l’épiscopat, des hommes qui encouragent ces déréglemens et chargent leur esprit et leur caractère de la responsabilité de ces folies !

Nous ne les discuterons pas : nous ne prendrons pas au sérieux une histoire de la philosophie, toute d’imagination et de fantaisie, que le clergé changera peut-être demain. Nous chercherons seulement s’il y a dans l’état actuel de la philosophie une explication suffisante de cette espèce de terreur panique qui a gagné le clergé et qui fait voir à ses yeux troublés, dans tout philosophe, un panthéiste et un ennemi. Nous nous demanderons si la philosophie française, si la philosophie européenne sont en effet panthéistes ; mais, avant d’entrer dans l’examen de cette question, nous croyons utile de placer ici quelques observations qui serviront à faire comprendre pourquoi elle a été traitée le plus souvent d’une manière si confuse et si embrouillée, et résolue en des sens si divers et si équivoques.

Un premier fait dont il est difficile de n’être pas frappé, c’est l’extrême défiance du clergé en matière de doctrines philosophiques. Tout l’inquiète, tout lui fait peur, tout lui est un sujet d’ombrage. Sans cesse il perd de vue, sans cesse il viole cette règle de haute tolérance et de sagesse profonde qu’exprima si fortement un père de l’église : In certis unitas, in dubiis libertas, in omnibus charitas. Tantôt les opinions les plus innocentes sur les matières les plus libres lui paraissent grosses d’hérésie, infectées de panthéisme et d’athéisme ; tantôt des doctrines éminemment chrétiennes, où la plus stricte orthodoxie n’a rien à désavouer, deviennent, à ses yeux, téméraires, impies, sacriléges, par cela seul qu’elles se rencontrent sous la plume d’un philosophe. Je donnerai un exemple décisif de chacun de ces deux genres d’illusion.

S’il y a au monde une doctrine généreuse et pure de toute impiété, c’est celle du progrès. Cette doctrine est chère à notre siècle, et à juste titre, car elle honore l’homme et glorifie Dieu. Elle est la clé de l’histoire, et, en donnant au genre humain le secret de ses misères et de ses agitations à travers les âges écoulés, elle lui découvre vers l’avenir des perspectives infinies. En quoi la religion peut-elle s’alarmer de ces nobles espérances ? Et qu’elle inspiration fatale pousse les écri-