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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/464

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les splendeurs et les joies éternelles de l’indivisible Trinité, et qui a assez aimé les hommes, après leur avoir donné l’être, pour descendre au milieu d’eux, pour se revêtir de leur nature, et, en s’humiliant jusqu’à leur bassesse, les élever jusqu’à sa grandeur. Tel est l’esprit du christianisme : ce Dieu fait homme, ce Verbe fait chair, cette personne unique où s’unissent sans se confondre la nature divine et la nature humaine, cette victime sainte qui descend des hauteurs de l’infini pour devenir l’aliment de nos ames et le pain même de notre bouche, ne sont-ce point là de touchans et magnifiques symboles de l’union intime et permanente qui s’accomplit entre l’homme et Dieu au fond de la conscience et dans ses plus secrets sanctuaires ? Cette union est un mystère, dit-on. Oui certes, c’est un profond, un insondable mystère, mais un mystère naturel. Ce mystère, c’est la vie, c’est nous-mêmes. Qu’est-ce à dire d’ailleurs ? un mystère peut-il être contraire à la nature des choses ? Nul théologien ne le dira, et cela nous suffit. S’il n’est pas contraire à la nature des choses que le fini s’unisse à l’infini par l’intelligence et par l’amour, que signifie alors le principe qu’on invoque ? Que vient-on nous dire que la raison s’égare nécessairement quand elle médite l’infini, que la révélation seule peut nous le faire connaître ? Dieu seul, dit-on, peut se faire connaître à l’homme. Oui sans doute, mais quelle est donc cette lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde ? n’est-ce point Dieu même ? J’en appelle à saint Augustin et à Fénelon.

La doctrine du clergé sur l’impuissance de la philosophie en matière de morale est plus caractéristique et plus nette encore, s’il est possible, qu’en ce qui touche les questions religieuses. M. l’archevêque de Paris pratique encore ici sa méthode favorite, qui est de faire des concessions pour les retirer un peu après. Il déclare que la raison distingue le bien du mal, qu’il y a une morale naturelle. Mais à ce compte, la philosophie, qui n’est que la raison développée, pourrait donc faire de la morale une science, et parler aux hommes de leurs droits et de leurs devoirs avec autorité et avec fruit. Telle n’est point l’opinion de M. l’archevêque de Paris. Et quel est son grand argument pour établir l’impuissance de la philosophie en matière morale ? Le voici : « Si la raison, dit-il, est investie d’une parfaite indépendance, si elle est le seul juge compétent, supposition commune à tous les philosophes, il est évident que chaque individu pourra faire sa morale, ou plutôt il n’y aura plus de morale. La morale est essentiellement une loi, et toute loi, ainsi que le dit l’école et le bon sens, est une règle commune à tous et non une règle particulière, une règle permanente