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des acteurs pour les grands théâtres, on jugea nécessaire de développer leur instruction littéraire : une chaire de langue française, d’histoire et de géographie fut créée. Le commissaire-général de la maison du roi (M. de La Ferté) assistait aux examens qui se faisaient tous les trois mois ; à la suite de l’examen, un rapport sur les dispositions et les progrès des élèves était remis par les maîtres à M. de La Ferté, qui le plaçait sous les yeux du ministre. Cet établissement, détruit par la révolution, fut relevé le 18 brumaire an II, sous le nom d’Institut national, et réorganisé le 16 thermidor an III comme Conservatoire de musique. L’empereur s’en occupa avec intérêt ; en 1806, il y fonda des prix annuels ; en 1809, il en étendit l’enseignement ; des représentations publiques furent données par les élèves ; le nombre des chaires s’accrut : Dugazon, Monvel, Dazincourt, Lafon, vinrent les occuper ; Talma et Fleury composèrent le comité de surveillance. Le décret de Moscou institua dix-huit places d’élèves pour le Théâtre-Français, et créa de nouveau une chaire de grammaire, d’histoire et de mythologie appliquées à l’art dramatique. La restauration donna au Conservatoire le titre d’École de déclamation, et le plaça dans les attributions du ministre de la maison du roi. En 1830, la musique détrôna encore une fois la déclamation ; la chaire consacrée à cet enseignement n’a été rouverte qu’en 1836, celle de littérature est restée supprimée. En 1842, on a rétabli les représentations publiques des élèves, en costume et de jour, interdites sous la restauration dans la crainte qu’elles ne fissent tort aux théâtres. Les concours sont jugés par un jury qui se compose d’hommes de lettres, d’artistes et de membres de la commission des théâtres royaux. Le Conservatoire a rendu de grands services à l’art musical et formé des milliers d’instrumentistes qui, pour l’ensemble, la vigueur, l’élégance de leur exécution, n’ont pas de rivaux au monde. Son utilité, relativement à la Comédie-Française, est moins bien prouvée, et de fort bons esprits la contestent. Cependant notre grand tragédien est sorti de ses classes [1]. Aucune école ne peut donner les qualités qui viennent de la nature, l’intelligence, la sensibilité, la puissance vocale ; mais une école comme le Conservatoire peut garder le dépôt des traditions et maintenir les habitudes distinguées, sans lesquelles la haute comédie perd tout son lustre. Nous pensons donc qu’il est heureux qu’une

  1. On lit dans les Mémoires de Bachaumont, à la date du 2 décembre 1787 : « L’école de déclamation, fondée par M. le duc de Duras, sur les conseils de Mme Vestris, sa maîtresse, a produit sur la scène française son premier élève, Talma. »