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ne sont point apostillées, c’est qu’elles n’étaient point dans le même cas, et qu’il n’y avait rien qui rappelât l’ancien régime. »

La censure avait été maintenue indirectement par le directoire, elle le fut expressément par le décret du 8 juin 1806. Peu auparavant, le ministre de l’intérieur écrivait aux préfets : « Les spectacles ont attiré la sollicitude du gouvernement ; c’est témoigner au peuple intérêt et respect que d’éloigner de ses yeux tout ce qui n’est pas digne de son estime et tout ce qui pourrait blesser les opinions ou corrompre les mœurs. » La censure, appliquée pendant tout l’empire et sous la restauration, souleva de vives réclamations après la révolution de juillet ; le gouvernement lui-même douta un instant de son droit. A défaut de la censure, qui fut suspendue, il fallut recourir à des mesures violentes, prononcer des interdictions arbitraires, les appuyer au besoin par l’intervention de la force publique, sans parvenir à empêcher des représentations non moins contraires à l’ordre qu’au sentiment moral. D’indignes profanations furent commises ; on vit un acteur fouler aux pieds le crucifix sur la scène ; dans le drame du Juif errant, le Christ était aperçu dans le fond du théâtre par le personnage principal. La politique s’empara du vaudeville, au grand déplaisir du public, qui ne l’aime pas au théâtre, où il cherche le repos et non la lutte. M. de Montalivet, ministre de l’intérieur, cédant plus, selon toute apparence, au mouvement des esprits qu’à une conviction personnelle, avait proposé une loi basée sur le système de la répression ; ce projet souleva les plaintes de ceux qu’on avait cru favoriser, et n’obtint pas même les honneurs d’une discussion. La loi de 1835 a mis un terme à ces incertitudes par le l’établissement formel de la censure.

Depuis huit ans, cette loi s’exécute. Une commission de quatre examinateurs, formée à Paris au ministère de l’intérieur pour donner son avis sur les pièces nouvelles, s’est acquittée de cette tâche laborieuse avec zèle, exactitude et habileté. En sept années, 4,119 ouvrages, composés de 7,452 actes, ont été censurés ; 2,045 ont obtenu une autorisation pure et simple, 1,945 ont dû subir des changemens, et 129 ont été frappés d’interdiction. Ces rigueurs ont porté principalement sur des ouvrages destinés aux scènes inférieures ; les quatre théâtres des Délassemens Comiques, de la Porte-Saint-Antoine, du Luxembourg et du Panthéon sont compris à eux seuls dans les 129 refus pour 63. La part des cinq grands théâtres n’est que de 7, savoir : la Comédie-Française, 3 ; l’Opéra-Comique, 1 ; l’Odéon, 3 ; l’Opéra et les Italiens, 0.