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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/356

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Toute sculpture qui ne peut pas se soumettre à cette épreuve, et demande à être jugée d’une autre manière, n’est pas de la sculpture. Avec tout son talent, M. Maindron a dû échouer dans cette poursuite de l’impossible, fl serait donc oiseux de se demander si cette figure qui a nom Velléda ne pourrait pas tout aussi bien être une Mélancolie, une Rêverie, une Désillusion, une Méditation, une Attente ou telle autre de ces êtres métaphysiques qui servent de prétexte aux sculpteurs pour faire une figure de femme ? Remarquons seulement que, sous le rapport même du caractère historique qu’il était permis et même commandé de chercher, et qu’on pouvait suffisamment indiquer par le costume ou quelques accessoires, la figure de M. Maindron déroute complètement toutes les idées qu’on pourrait s’être faites d’une druidesse. Avec sa faucille, suspendue à son flanc comme un carquois, sa tunique courte et serrée vers le milieu de la cuisse, le petit plumeau de feuillage qui se balance sur sa tête, ses bras et ses jambes nus, elle aurait plutôt l’air d’une héroïne des Incas, d’une Azémia, d’une Alzire, que d’une prophétesse gauloise. Mais passons sur ces inutilités.

Comme sculpture, la figure de M. Maindron a de la tournure et du mouvement, et c’est un mérite. Plusieurs parties, telles que les bras, les mains, sont finement exécutées. La tête est ce qu’il y a de moins heureux ; elle est d’un type romanesque insupportable en sculpture, et d’ailleurs, à force de vouloir être expressive, elle minaude et grimace. Le goût général des formes est assez équivoque, et surtout peu homogène. Les mains, courtes, grasses, délicates, finissant brusquement par des doigts en fuseau, contrastent avec des pieds longs, secs et puissans ; le bas du corps, à partir du bord de la tunique, est masculin. On sent bien dans tout cela que l’artiste a voulu sortir à tout prix des banalités du métier, et il a rencontré par ci par là, en modelant sa figure, quelques inspirations heureuses ; mais nous ne voyons pas, à notre grand regret, que l’exécution de cette figure soit assez remarquable pour lui faire pardonner complètement la donnée systématique et fausse dont il paraît être parti en la composant. On ne peut donc accepter ce système de sculpture comme une manière originale et légitime. Il y a un jeune homme qui, dit-on, a en lui quelque chose de cet instinct qui découvre dans le marbre de nouveaux filons, et qui sait les faire quelquefois admirablement jaillir. Ce sculpteur dont le public n’a jamais pu, par suite d’une interdiction systématique cruelle et peut-être illégale, connaître que le nom, est M. Préault.

Le groupe du Christ au Jardin des Olives, de M. Dieudonné, est bien autrement ambitieux. Ici, le pittoresque va jusqu’à la charge, et