Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/348

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


objets se classent peu à peu dans leur ordre de mérite, et il s’établit une échelle de proportions, grâce à laquelle la valeur des œuvres placées au sommet devient bientôt absolue de relative qu’elle était, et leur acquiert, à ce titre, une attention et un intérêt qu’on n’aurait pas cru possible de leur accorder au premier abord. Il arrive quelque chose de tout-à-fait semblable lorsqu’on assiste en province aux débuts d’une troupe d’opéra. Le premier jour, tous les chanteurs sont détestables ; on veut sortir au premier acte. Le lendemain, on supporte la pièce, et on commence-même è reconnaître quelque mérite au ténor. Les jours d’après, on s’y plaît, et on prend parti pour la Dugazon, qu’une cabale veut siffler. On arrive ainsi par degrés à se dire qu’à tout prendre, l’opéra ne se chante pas si mal en province qu’on se le figure à Paris. Ceci ne prouve peut-être qu’une chose, c’est qu’on s’habitue à tout ; mais nous préférons interpréter le fait autrement et conserver la consolante pensée qu’on trouvera d’autant plus de choses à admirer au salon qu’on y passera plus de temps, quoique cette expérience ne nous ait que très médiocrement réussi, comme on va le voir.


I.

Nous paierons cette fois notre première visite à la SCULPTURE. C’est le moins qu’on puisse faire pour cette pauvre délaissée, qui grelotte de froid et se meurt d’ennui dans ces caveaux humides et déserts. Depuis quelque cent ans, la France a toujours été peu hospitalière pour elle ; il ne serait pas étonnant que, dégoûtée par ce froid accueil, elle disparût un beau jour pour ne plus revenir. Du reste, c’est à peine si elle ose se montrer, car elle entre tout au plus pour un vingtième dans le total des ouvrages exposés. Mais s’il est déjà douloureux de compter ces sculptures, il ne l’est pas moins de les regarder. Quand on songe que c’est là à peu près tout ce que la France peut faire, ou du moins montrer, en ce genre, on est bien tenté de prononcer l’oraison funèbre d’un art réduit à cette détresse.

Cependant, en appliquant la règle de proportion dont nous parlions tout à l’heure, on finit par s’arrêter avec plaisir devant quelques-uns de ces plâtres et de ces marbres dont le banal et froid aspect n’explique que trop la morne solitude qu’ils créent autour d’eux. Il en est même deux ou trois qui n’ont pas besoin d’être comparés à leurs voisins pour être admirés. De ce nombre sont certainement les