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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/244

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Le 16 au matin.

«... C’est après-demain seulement que vous recevrez ma première, lettre. J’attends ce jour avec impatience et toujours en me reprochant bien vivement de ne vous avoir rien écrit plus tôt. Je n’imaginais pas quelle monstrueuse lacune L’omission de deux courriers faisait à 250 lieues l’un de l’autre. Si vous avez voulu, vous avez pu vous venger bien cruellement. Avant le 3 (si vous ne m’avez pas écrit avant la réception de ma lettre), je n’ai rien à espérer de vous. Je vous avouerai que je trouve bien un peu dur que vous ayez passé tout d’un coup du charmant heural à une correspondance ordinaire, et que vous ne commenciez vos lettres qu’en recevant les miennes et pour les faire partir tout de suite. Si nous nous mettons à attendre mutuellement que des lettres qui restent douze jours en chemin arrivent, pour nous y répondre, ce sera une triste et mince consolation pour moi que de recevoir une fois tous les mois des lettres de trois pages, pendant que j’espérais en recevoir de six au moins toutes les semaines. Vous devriez bien me traiter aussi charitablement que le public [1], Vous lui avez écrit quinze fois en douze semaines, et vous ne voulez m’écrire que douze fois par an. — Comme je me suis fait une loi de répondre à tout ce que vous me dites ou me demandez (loi que j’espère que vous voudrez bien adopter aussi), je relis vos lettres sans ordre et répondrai à chaque article comme il se présente….. Vous ne pouvez rien cacher de votre esprit sans y perdre, me dites-vous. Eh ! qu’est-ce que j’y perdrai, je vous en prie ? J’espère ne jamais passer pour un imbécile ; mais, du reste, que m’importe que l’on dise : Il a fait beaucoup de l’esprit, ou il a fait métiokrement de l’esprit ? Croyez-vous qu’en ne paraissant pas un aigle, je paraîtrai beaucoup au-dessous de tous les oisons d’alentour ? Croyez-vous qu’en me montrant autant aigle que je puis, j’en sois beaucoup plus recherché par ces oisons ? Croyez-vous enfin que l’opinion que j’ai de moi-même dépende beaucoup de celle que l’on aura de moi à la cour ? Je vous l’ai dit il y a long-temps, je ne veux point faire sensation, je veux végétailler décemment. Cependant je vous dirai bien en confidence que je ne suis pas parvenu à un atmosphère bien imposant [2]. Il y a quelques jours que la duchesse, en parlant du service de gentilhomme de la chambre, qui ne consiste

  1. L’épigramme s’échappe malgré lui, et il donne un petit coup de griffe à la femme auteur.
  2. Il se trompe de genre pour atmosphère, comme le font, au reste, beaucoup de Français eux-mêmes.