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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/197

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allemande et sur la littérature slave [1], est mort à Paris le 26 mars ; il avait à peine trente ans. M. Lébre nous était venu de Suisse, bien qu’il fût né Français. Son père, officier de la vieille armée, avait trouvé, vers 1815, en rentrant dans ses foyers du Midi, à Ganges, une fermentation extrême d’opinions politiques et religieuses qui l’avait décidé à émigrer dans la Suisse française. Il avait emmené son très jeune fils, qui reçut ainsi à Lausanne une éducation excellente et forte qu’il était allé compléter ensuite à Munich. M Lébre appartenait à la religion réformée ; ses croyances sincères s’alliaient à un noble essor d’idées philosophiques, et c’est le besoin de concilier la foi du passé avec les tendances de l’avenir, c’est cette lutte intime de l’intelligence et du cœur qui a contribué surtout à le dévorer. Ses obsèques ont eu un caractère bien touchant. Tous ses amis de Suisse, qui se trouvaient à Paris, y assistaient ; le canton de Vaud, dont M. Lébre était citoyen, y paraissait représenté au complet par M. Charles Monnard, président du grand-conseil, et par M. Auguste Jaquet, président du conseil d’état de ce canton, que des circonstances diverses ont conduits l’un et l’autre à Paris en ce moment. M. le pasteur Edouard Verny, qui menait la cérémonie funèbre, a prononcé sur la tombe un discours et des prières qui, par leur profonde vérité et leur justesse pénétrante, allaient au cœur des assistans. Il n’a pas craint, en rappelant tous les dons si élevés et si aimables dont s’ornait la nature modeste de notre ami, d’indiquer la plaie secrète, ce doute inquiet et douloureux, mais qui n’était autre ici que le désir, la soif presque immodérée de la pure vérité. Ce qui pour tant de rêveurs et de discoureurs n’est qu’un jeu emphatique et frivole avait été pour M. Lébre la pensée ardente des jours et des nuits ; il avait pris au sérieux toutes choses, et il s’y est consumé. Sa disparition laissera un éternel souvenir dans sa patrie lausannaise, et ici même, au cœur de ceux qui l’ont familièrement connu ; elle excitera une pensée de regret chez tous ceux qui n’ont pas oublié les beaux et sérieux travaux dont ils avaient distingué l’auteur. La Revue fait en lui une perte sentie et profonde.


Le monde slave est depuis quelque temps l’objet d’une curiosité d’autant plus vive qu’elle n’est encore qu’à moitié satisfaite. On peut s’étonner que la France ait si peu étudié jusqu’à ce jour une race qui semble appelée à jouer un rôle considérable en Europe, et surtout en Orient. Aussi doit-on accueillir avec faveur tous les ouvrages, malheureusement trop rares, qui viennent ajouter quelques renseignemens, quelques faits nouveaux au faible dépôt de nos connaissances sur ce sujet. Il y a encore pour nous dans ces

  1. Voir la Revue du 15 avril 1842, du 1er janvier et 15 décembre 1843.