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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/195

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menaçans pour l’intégrité de l’empire ottoman. Jusqu’ici, la Grèce avait disparu sous la Bavière : elle va désormais vivre de sa vie propre, et se livrer, dans toute la liberté de ses espérances et peut-être de ses rêves, aux projets d’avenir, dont la grandeur suffira pour la consoler de ses misères présentes.

La constitution que vient de jurer le roi Othon, et qu’il paraît avoir acceptée avec toute la loyauté de son caractère, n’a par elle-même qu’une importance fort accessoire. La principale valeur politique de cette charte est dans l’action que le jeu du gouvernement représentatif est appelé à exercer au-delà des frontières où les protocoles de 1828 ont enfermé la Grèce. Les dispositions en sont copiées avec plus de fidélité que de discernement sur les chartes des nations occidentales, et l’application d’un tel régime aux populations démocratiques et pauvres des petits cantons de l’Attique et du Péloponèse ne peut manquer de soulever les plus graves difficultés. Dans les cent sept articles qui composent l’œuvre délibérée à Athènes, la France, la Belgique, l’Espagne, et même les États-Unis, peuvent reconnaître grand nombre de dispositions textuellement empruntées à leur législation ; ce sera au génie grec de vivifier ce pastiche et d’imprimer au gouvernement émancipé de l’Hellénie un cachet d’originalité qui lui manque. La Grèce regrettera bientôt d’avoir, sous la jalouse influence du parti autochtone, exclu des droits constitutionnels et de toute participation aux fonctions publiques les Hellènes nés en dehors des étroites frontières imposées au nouvel état par la diplomatie européenne. Si de pareils actes se reproduisaient encore, l’assemblée nationale de la Grèce prouverait au monde qu’elle ne comprend pas la mission que lui a départie la Providence. Cette faible monarchie devrait être éminemment assimilatrice, pour parler la langue aujourd’hui consacrée : ce n’est qu’à ce prix qu’elle pourra résister aux grandes influences qui la pressent. La Grèce est évidemment destinée à s’étendre ou à disparaître.

C’est cette nécessité même d’embrasser un horizon plus vaste que celui des monts de Thessalie qui deviendra l’obstacle permanent au bon accord des légations de France et d’Angleterre à Athènes. En admettant que MM. Lyons et Piscatory aient toujours triomphé jusqu’ici des difficultés de leur position respective, il est impossible de ne pas prévoir que cette entente devra cesser dans un prochain avenir, à moins que l’un des deux cabinets dont ils sont les agens n’abdique son rôle naturel dans les affaires de ce pays. La France, par ses intérêts autant que par ses sympathies, appelle de ses vœux l’extension successive et régulière de l’influence grecque en Orient, tandis que dans aucune hypothèse l’Angleterre ne saurait accepter la Grèce en dehors des limites où plus qu’aucun autre cabinet elle a contribué à l’enfermer. Les obstacles que l’Angleterre et l’Autriche ont suscités à ce pays, lors de son émancipation de 1821 à 1828, obstacles qu’il n’a vaincus qu’à force d’héroïsme, et par le chaleureux concours de la France, se reproduiront à chaque phase décisive de sa vie nationale. L’œuvre de la Grèce lui est tracée par la force des choses. L’Angleterre subit une politique de