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faire consacrer par la chambre des communes le caractère éminemment transitoire des conventions sur cette matière, et le droit pour les gouvernemens signataires d’en modifier les dispositions selon les circonstances. Nous craignons que son dévouement, si honorable d’ailleurs, à l’alliance française n’ait inspiré à M. Milnes une démarche imprudente. Il est certaines déclarations de doctrines très dangereuses à demander, et nous doutons fort que le parlement anglais consente à s’engager jusque-là. Néanmoins, pour qui connaît l’embarras actuel de l’Angleterre, il n’est plus douteux que la négociation relative à la révocation des actes diplomatiques de 1831 et 1833 n’obtienne un résultat favorable, si elle est conduite par le cabinet français avec habileté et décision. On dit M. le ministre des affaires étrangères plein d’espérance. C’est une disposition d’esprit fort habituelle chez lui.

Les efforts de l’alliance ne paraissent pas avoir amené à Constantinople les résultats annoncés naguère comme prochains et assurés. Le gouvernement ottoman refuse de sacrifier le droit terrible que sa loi fondamentale lui prescrit d’exercer sur les renégats ; il le refuse au nom de sa souveraineté politique et de sa foi religieuse, enlacées dans une indissoluble unité. Il y a long-temps que tous les bons esprits ont désespéré de la société musulmane, à raison même des bases sur lesquelles elle repose. Ce qu’on demande à la Turquie n’est rien moins, en effet, que l’abdication de sa croyance et de sa barbare nationalité ; c’est le Coran qu’on veut atteindre., et qui, sur ce beau sol opprimé par lui depuis plus de quatre siècles, livre, pour se défendre, un suprême et dernier combat. Il en est de certaines sociétés comme de certaines races, condamnées à mourir sans pouvoir être transformées. La société musulmane est constituée, dans l’ordre politique, sur l’intolérance, et, dans l’ordre civil, sur la polygamie ; c’est pour cela qu’il est impossible de ne pas prendre en pitié ces rêves de rénovation et de réforme dont l’application est vainement essayée par tant de charlatans. C’est la conscience de cette irrémédiable impuissance des Osmanlis qui donne aux races chrétiennes de l’empire ce redoublement d’activité et d’espérance dont les symptômes se révèlent sur tous les points. Le royaume de Grèce est jusqu’à présent le seul centre politique dont l’influence puisse agir fortement sur ces populations éparses. C’est pour cela que l’Orient tout entier a suivi avec une vive anxiété les phases diverses de la révolution de septembre. L’Europe a aussi compris que l’établissement constitutionnel qui se fonde en Grèce avait bien moins d’importance par lui-même que par l’action réservée, au milieu de la dissolution imminente d’un vaste empire, à la jeune tribune d’Athènes. Qui oserait calculer d’avance la portée d’une pareille voix, lorsqu’elle ira retentir dans les montagnes de la Macédoine et de la Thrace, dans les îles de l’Archipel et de la mer Egée, lorsqu’elle prononcera le mot de liberté dans les plaines désolées de l’Asie mineure, et qu’elle ira réveiller au sein même du Fanar le patriotisme assoupi de tout ce qui porte encore un cœur d’Hellène ? La fondation d’une double tribune en Grèce est l’un des événemens les plus