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actuelle du crédit, et au taux où est parvenue cette valeur, l’opération se réduirait à la réduction pure et simple d’un 1/2 pour 100 d’intérêt, car personne ne songerait évidemment à réclamer le remboursement d’un fonds qui, même sous le coup de l’opération, se maintiendrait fort au-dessus du pair. Les difficultés financières ne seraient donc pas sérieuses, et chacun sait que les obstacles sont tout politiques. Il est plus que douteux que la chambre ait à la fois la volonté et l’énergie nécessaires pour les lever.

La discussion sur la prise en considération de la proposition de M. Chapuis-Montlaville, pour la suppression du timbre, n’a pas encore eu lieu. Il est à désirer que la chambre s’y prépare, et mesure la haute importance de la question qu’elle est appelée à résoudre.

Aucun bon esprit ne saurait contester que la constitution de la presse périodique en France la place en quelque sorte en dehors du droit commun. Qu’est-ce qu’une propriété contrainte de payer au fisc la moitié de son revenu brut ? Quelles chances d’utile développement peuvent être réservées à une pareille industrie ? La force des choses ne la concentrera-t-elle pas tôt ou tard dans les mains de quelques capitalistes assez puissans pour s’en assurer le monopole par des avances considérables ? Un journal peut-il se fonder aujourd’hui sans s’exposer à dévorer son capital et sans avoir la presque certitude de ruiner ses actionnaires ? Cette perspective, nous ne le voyons que trop, n’arrête ni les fondations nouvelles ni les désastres inévitables : il y aura dans tous les temps des charlatans et des dupes, et, grâce à Dieu, il est aussi parfois des dévouemens désintéressés qui ne reculent pas devant une telle perspective ; mais est-ce donc là une situation bien morale à imposer à la plus haute de toutes les entreprises ? Est-ce là une position normale dans un pays de liberté et d’égalité ? Y a-t-il pour un gouvernement un avantage quelconque à constituer au profit de quelques spéculateurs une presse de monopole, instrument redoutable dans la main des partis, puissance non moins exigeante lorsque les pouvoirs réguliers sont contraints de traiter avec elle ?

Comment nier, à la vue de ce qui se passe et devant les aveux même des intéressés, que l’industrie des annonces ne soit désormais l’élément indispensable et le principal produit de toute la presse quotidienne ? On dit, il est vrai, que rien n’est plus naturel qu’une telle association, et que, si l’annonce va chercher la grande publicité, c’est que cette publicité elle-même a été préalablement acquise et méritée par la valeur intellectuelle de la rédaction. Dans ce système, l’annonce est une sorte de prix d’honneur, votre même de prix Monthyon, décerné aux plus habiles et aux plus vertueux. Sans prétendre enlever sur ce point sa propre admiration à qui que ce soit, comment ne voit-on pas que chaque jour la rédaction elle-même fléchit sous l’influence de l’industrie, et que la pensée tend à se retirer de plus en plus devant les envahissemens successifs de la réclame ? Celle-ci domine chaque jour davantage la direction littéraire des feuilles les plus accréditées ; elle est la