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pouvoir irresponsable est toujours couverte par celle de son cabinet, et où la majorité législative consacre par son adhésion spontanée un système dont elle devient l’instrument régulier.

On peut envisager cette politique sous des aspects fort différens : les uns peuvent en admirer les inspirations et penser qu’elle correspond à tous les besoins de la France, les autres peuvent croire qu’elle se concentre dans un point de vue exclusif, et qu’elle ne domine le présent qu’en compromettant l’avenir ; mais nul n’est autorisé à la dénoncer comme une violation des principes de la constitution de l’état. Jamais la majorité n’a manqué à cette politique au sein du parlement ; elle ne lui a pas manqué davantage au sein du corps électoral, et aucune manifestation émanée de la royauté n’a laissé soupçonner, chez celle-ci, l’intention de résister à la volonté de la France légalement manifestée. Le but du gouvernement représentatif n’est pas d’anéantir l’influence légitime de la couronne, lorsque la royauté est en mesure d’en exercer : ce qu’il se propose, c’est d’organiser la monarchie pour toutes les éventualités, même pour celles qui amèneraient des princes sans aucune valeur personnelle. Les reproches qui atteignent la royauté française depuis 1830 n’ont pas été épargnés à Guillaume d’Orange, non plus qu’aux deux premiers souverains de la maison de Hanovre. On les a fréquemment accusés de sacrifier les intérêts nationaux de l’Angleterre à des préoccupations dynastiques, en s’appuyant, pour faire prévaloir leurs intérêts de famille, sur des majorités corrompues. Ce sont là des reproches d’une nature toute différente de ceux qu’on adressait à Charles V et à Jacques II : ces reproches ne portent point sur la violation des lois fondamentales et le mépris des prérogatives constitutionnelles du parlement ; ils ne constatent rien autre chose que l’opposition d’un système à un autre.

Que M. Ledru-Rollin et le parti qu’il représente attaquent donc la politique qui prévaut depuis 1830 comme mauvaise et comme insuffisante, c’est leur droit, peut-être est-ce leur devoir ; mais venir prétendre, en face d’une chambre librement associée à toutes les phases de cette politique, que celle-ci fonctionne par des influences irrégulières et des procédés inconstitutionnels, c’est là ce qui n’est pas moins contraire aux convenances qu’à la vérité.

En écoutant M. de Lamartine après M. Ledru-Rollin, la chambre n’a pas été sans quelque appréhension de voir s’agrandir encore le débat peu parlementaire ouvert par ce dernier. Depuis un an, l’illustre orateur paraissait résolu à quitter le terrain que les partis se complaisent à nommer celui des fictions légales, et à attaquer à sa source même la pensée qui dirige les destinées du pays. Ce discours était annoncé comme l’œuvre capitale du grand poète ; c’était, disait-on, le résumé de ses méditations, le programme complet de toute sa vie politique. Toutes les prévisions ont été trompées, car, après avoir lu ce discours, il est un peu plus difficile qu’auparavant de déterminer d’une manière précise la situation parlementaire de l’orateur. Ses vues rétrospectives sur les grandes transactions diplomatiques de ces