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Pour une industrie douée de cette vitalité, ce qui trouble, ce qui inquiète, c’est moins la situation présente que l’avenir. Si la manufacture de coton, si l’Angleterre, en tant que pays manufacturier, pouvait rester stationnaire, elle trouverait moyen de régulariser les chances du travail ; mais voilà précisément ce qui lui est interdit. La grande industrie, l’industrie qui accumule les machines, les bâtimens, les capitaux et les ouvriers, l’industrie qui destine ses produits à l’exportation, n’a pas en elle-même sa limite ni sa mesure ; par une conséquence directe de sa nature, elle contemple des espaces sans bornes ; elle est organisée pour la conquête, et observe la discipline d’une légion. La capital s’accumule toujours, la population déborde ; il faut donc que la production augmente sans cesse. La loi du progrès n’est nulle part plus impitoyable. Le jour où l’industrie aurait atteint son apogée, où le travail n’aurait plus aucune perspective d’accroissement, ce jour-là, l’Angleterre commencerait à décliner, et devrait faire place à la fortune ascendante de quelque autre nation.


LÉON FAUCHER.