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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/119

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mais aucun pouvoir n’aura le droit de punir l’infidélité, qui d’ailleurs sera fort rare. L’amour, dans l’avenir, sera tellement idéal, il sera si différent de ce que nous le voyons aujourd’hui, qu’il pourra durer. « Et qui sait alors ? s’écrie la sibylle, la frémissante Wanda, peut-être un jour le prêtre et le magistrat, comptant avec raison sur le miracle permanent de l’amour, pourra-t-il consacrer au nom de Dieu même des unions indissolubles avec autant de sagesse et de justice qu’il y porte aujourd’hui, à son insu, d’impiété et de folie. » Il y a donc de la sagesse dans la permanence et l’indissolubilité du mariage, puisque le progrès qui doit s’accomplir sera de les rétablir après les avoir détruites ? Nous prenons acte de la concession que fait ainsi au vieux monde la frémissante Wanda, et nous la prions, elle et ses amis, de réfléchir encore quelque temps avant d’abroger le code civil. Quand Mme Sand écrivait Jacques et Lélia, elle s’élevait contre certains vices, contre certains préjugés de notre ordre social avec une éloquente douleur ; il était permis alors d’espérer que cette indignation serait féconde et la conduirait, quand sa raison serait plus mûre et plus forte, à des critiques philosophiques dont peut-être, dans l’avenir, le législateur aurait pu profiter. Dix ans sont passés, et l’auteur de Consuelo, au lieu de nous dire des choses raisonnables, rend sur le mariage des oracles sibyllins.

Le second mariage d’Albert avec la comtesse de Rudolstadt, qui est le symbole des hyménées de l’avenir, sert de conclusion à l’interminable roman de Mme Sand. Cependant tout n’est pas encore achevé. Après la conclusion vient un épilogue. Ceux qui aujourd’hui inspirent Mme Sand ont désiré sans doute que le dénouement suprême concordât avec les prémisses. Puisque sur la terre le vice et le crime sont toujours triomphans, puisque la vertu s’y trouve toujours opprimée, Consuelo et Albert, qui sont comme les prophétiques modèles des vertus de l’avenir, devaient nécessairement finir dans la misère et dans l’opprobre. Ils retombent dans la vie errante des bohémiens ; puis on perd tout-à-fait leur trace ; des derniers temps de leur vie et des circonstances de leur mort, on ne sait absolument rien. Enfin est-ce tout ? Non ; avant de prendre définitivement congé du lecteur, Mme Sand l’accable par une nouvelle et dernière dissertation philosophique ; mais, cette fois, il est clair que ce n’est plus elle qui parle. Elle a remis docilement la plume aux mains d’un révélateur qui a imaginé de mettre sa religion à la queue d’un roman pour la populariser.

L’Inde, l’Egypte, la Grèce, ont connu le Dieu en trois personnes que le christianisme prétend avoir révélé seul. Comme Dieu, l’homme