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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/1105

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parti exalté ; deux appartenaient aux modérés. De son côté, Narvaez y donnait les mains. Le ministère n’était donc qu’une contre-épreuve de ce qu’aurait dû être le ministère Olozaga ; on peut dire, en se servant d’expressions qui ont eu cours en France, il y a quelques années, que c’était un ministère de petite coalition, relativement à celui d’Olozaga, qui aurait dû être un ministère de grande coalition ; mais il paraît que les ministères de grande coalition ne sont possibles nulle part.

Né d’une nécessité urgente, le ministère n’était et ne pouvait être qu’un expédient. Il n’a en effet vécu que d’expédiens. N’étant, à proprement parler, ni exalté ni modéré, ni le fruit d’une fusion réelle des exaltés et des modérés, il n’a arboré aucune couleur tranchée, n’a fait que du provisoire, n’a abouti qu’à gagner du temps, et a principalement penché du côté du pouvoir militaire. Ce que nous en disons n’est pas pour ôter à M. Gonzalès-Bravo son mérite. Ce jeune ministre a eu beaucoup de courage et de résolution ; il a rendu à la reine et à l’Espagne un éminent service en mettant un terme à la vacance du pouvoir après l’acte de folie d’Olozaga. Au moment où il est venu, il n’y avait à faire que ce qu’il a fait ; il s’agissait d’être avant tout, il a été, et l’anarchie a trouvé en lui un intrépide adversaire. En voilà assez pour lui faire une place dans l’histoire politique de son pays.

Mais ces expédiens n’ont qu’un temps, et le provisoire ne peut pas toujours durer. Quand il a été question de faire quelque chose de net et de durable, M. Gonzalès-Bravo s’est senti lui-même insuffisant, et le ministère actuel a été formé. Ici, le tiers-parti a presque entièrement disparu ; nous sommes en présence des seuls modérés unis au pouvoir militaire. Le pouvoir militaire a été jusqu’ici l’élément inévitable de toute combinaison.

Voilà donc pour la première fois, depuis bien des années, les modérés proprement dits portés au gouvernement de l’Espagne ; ils y sont représentés surtout par deux hommes qu’unissent les liens de l’amitié et de la famille, MM. Mon et Pidal. Quant à Narvaez, ce n’est pas plus un modéré qu’un exalté ; c’est un soldat. Ces deux hommes, MM. Mon et Pidal, ont tous deux des antécédens politiques importans : M. Mon a été déjà ministre des finances dans le cabinet du comte d’Ofalia ; M. Pidal a été nommé président des dernières cortès.

A peine arrivés aux affaires, MM. Mon et Pidal ont montré une volonté tout-à-fait nouvelle en Espagne, la volonté sérieuse d’organiser le pays. Le parti modéré, il ne faut pas l’oublier, est le seul parti libéral et constitutionnel de l’Espagne ; c’est le seul qui ait jamais entrepris de fonder sur cette terre de despotisme, de confusion et d’anarchie, la liberté constitutionnelle, la sécurité des personnes et des propriétés, l’ordre administratif et financier, enfin tout ce qui constitue de nos jours une société régulière et libre.

Le premier acte des nouveaux ministres a été de lever l’état de siège que M. Gonzalès-Bravo avait mis sur toute l’Espagne. Les journaux de l’opposition ont pu reparaître ; les députés emprisonnés ont été mis en liberté. MM. Mon et Pidal ont l’intention bien connue de rappeler prochainement les cortès ou