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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/1104

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cela qu’à complaire à sa souveraine, soit qu’il obéisse à une autre pensée et qu’il subisse le contre-coup d’une influence étrangère. MM. Mon et Pidal sont aussi favorables à l’ajournement, et on ne les suppose pas complètement désabusés du vain espoir d’obtenir un prince français pour partager le lourd fardeau de la royauté espagnole. Pendant ce temps, M. Bulwer observe, et sir Robert Peel prononce dans la chambre des communes des paroles fort ambiguës. C’est la première fois depuis le traité de la triple alliance que l’Angleterre ne repousse pas péremptoirement la pensée d’une transaction avec don Carlos. En déclarant que le gouvernement britannique avait transmis au gouvernement espagnol les propositions émanées de Bourges, ce ministre a fait comprendre que son cabinet n’aurait pas d’objections directes contre les propositions mêmes, si elles étaient jugées à Madrid de nature à rétablir la tranquillité en Espagne. S’il a dit qu’elles n’avaient pas ce caractère à ses propres yeux, cette observation se rapporte non pas au mariage même de l’infant, mais au choix héréditaire conservé dans sa personne, et auquel don Carlos son père ne paraît pas avoir encore nettement renoncé. On voit que c’est là un fait tout nouveau, et peut-être ne s’éloignerait-on pas trop de la vérité en y cherchant une conséquence des conversations d’un auguste visiteur.

L’Espagne est dans une crise qui, pour n’être pas aussi bruyante que celles qui l’ont précédée, n’en est pas moins sérieuse. Essayons d’en comprendre la portée et de nous former une idée exacte des hommes et des questions.

Quand Espartero a été renversé, trois élémens s’étaient coalisés contré lui : 1° une grande fraction de l’ancien parti exalté représentée par Olozaga, Cortina, Gonzalès-Bravo, etc. ; 2° tout l’ancien parti modéré, représenté par des chefs connus, la plupart émigrés, tels que Martinez de la Rosa, Isturitz, etc. ; 3° une grande partie de l’armée qui se ralliait autour des généraux persécutés par le régent, tels que Narvaez, Coucha et autres. La coalition d’une fraction des exaltés avec les modérés a préparé la chute d’Espartero ; l’armée, sous les ordres de Narvaez, l’a consommée.

Après la victoire, la première tentative a dû être d’organiser un gouvernement composé des élémens qui venaient de s’associer pour renverser : C’est M. Olozaga qui a été choisi, d’un commun accord, pour résumer cette situation. On sait ce qui est arrivé de M. Olozaga ; il a manqué successivement à tout ce qu’on attendait de lui ; venu pour concilier les partis, il n’a songé qu’à s’aliéner le parti exalté ; il a commencé par refuser la coopération des modérée, il a continué en s’aliénant le pouvoir militaire, il a fini en s’attaquant à la reine elle-même. La combinaison dont il était l’expression a péri avec lui, et le parti exalté s’est séparé en masse du nouveau gouvernement.

Une petite portion de ce parti est seule restée fidèle au programme de la coalition, M. Gonzalès-Bravo s’est mis hardiment à la tête de ce tiers-parti et a constitué un ministère. Quatre membres de ce ministère venaient du