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c’est-à-dire près des deux tiers de tout ce qu’il y avait de monnaie nationale en circulation dans le royaume.

La révolution qui mit fin à tant de folies s’accomplit en quelques heures sans effusion de sang et sans commotion. Il n’y a pour les dynasties les plus brillantes qu’une certaine durée de force et de pouvoir. Un temps arrive où les descendans des fondateurs de monarchie dégénèrent et s’affaissent comme des plantes privées du suc vital. Vains fantômes décorés du titre de roi, ils se pavanent encore sous leur manteau de pourpre et leur couronne héréditaire ; mais une légère secousse suffit pour leur montrer le néant de leur orgueil et l’impuissant effort de leur volonté. La monarchie de Napoléon, la plus grande, la plus éclatante de toutes, a été de toutes la plus éphémère, comme si, dans l’espace de quelques années, elle avait épuisé la sève de plusieurs siècles. Les autres.... on peut voir ce qu’elles sont devenues ! Celle des Wasa devait suivre la loi commune, et Gustave-Adolphe, surpris dans son palais par quelques officiers las de son absurde tyrannie, subit comme un enfant la volonté de ceux qu’il prétendait, quelques jours auparavant, gouverner avec un sceptre de fer.

Mais la cause du mal ayant disparu du sol de la Suède, le mal n’en restait pas moins profond et difficile à réparer ; les cadres de l’armée incomplets, les arsenaux vides, les côtes et les forteresses sans défense, des provinces entières où les paysans déclaraient n’avoir ni blé pour la semence, ni chevaux pour la charrue ; le trésor de l’état épuisé, le royaume réduit, par la perte de la Finlande, aux deux tiers de son ancienne étendue, et une dette de 150 millions dans un pays dont le budget annuel ne s’élève pas à plus de 24 millions : voilà l’héritage que Gustave-Adolphe, en partant pour l’Allemagne, léguait à ceux qui devaient occuper son trône.

Charles-Jean n’eut le titre de roi qu’en 1818 ; mais son règne commença, on peut le dire, du jour où il entra à Stockholm comme prince royal. Charles XIII n’avait plus la force de porter le fardeau des affaires, et il l’abandonna avec joie et confiance, à cet élu du peuple, dont il sut promptement reconnaître la fermeté et l’intelligence. Investi du commandement des troupes de terre et de mer, appelé à présider les délibérations du conseil d’état et à diriger les diverses branches de l’administration, Charles-Jean étudia patiemment toutes les questions qui intéressaient le bien-être, la prospérité de la Suède, et travailla avec ardeur à réparer les plaies faites à ce noble pays par l’aveugle témérité et la déplorable obstination du dernier gouvernement. Il sut s’entourer des hommes les plus experts en chaque matière, écouter d’une oreille attentive les conseils qui lui étaient donnés. Il avait tout