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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/1084

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Gustave IV et son fils, les derniers héritiers de cette noble lignée de souverains où brillent les noms à jamais célèbres de Gustave Wasa, Gustave-Adolphe, Charles X, Charles XI et Charles XII. Le duc de Sudermanie, qui, pendant la minorité de Gustave IV, avait été proclamé régent du royaume, fut, après la soudaine révolution de 1809, appelé d’une voix unanime à porter la couronne. Dans sa jeunesse, ce prince avait fait preuve d’un esprit éclairé et d’une mâle valeur, mais l’âge avait affaibli ses qualités énergiques, et il n’avait point d’enfans. La diète choisit, pour le seconder dans son administration et pour lui succéder au trône, le prince Christian d’Augustembourg, et six mois après ce prince tombait frappé d’un coup d’apoplexie devant un régiment qu’il passait en revue. Le peuple, qui n’avait fait qu’entrevoir encore son futur roi, et qui l’aimait comme les peuples aiment les princes dont ils n’ont point encore essayé le pouvoir, entra en fureur à la nouvelle de cette mort subite, et crut à un empoisonnement. Quand le convoi mortuaire entra dans les rues de Stockholm, une populace effrénée se précipita au-devant des chevaux, arrêta la voiture du comte de Fersen, auquel on attribuait la mort du jeune prince, le saisit dans sa fuite et le massacra. C’était ce même Fersen qui pendant long-temps s’était fait remarquer à la cour de Versailles par la noblesse de sa physionomie et l’élégance de ses manières, celui qu’on n’appelait que le beau Fersen, et qui servait de cocher à Marie-Antoinette dans la fuite à Varennes. Le dernier serviteur d’une famille royale étrangère, échappé comme par miracle aux fureurs du jacobinisme, devait, vingt années plus tard, expirer sous les coups de ses concitoyens, en remplissant les pacifiques fonctions de courtisan. Quand on rencontre au milieu des tempêtes populaires de tels épisodes et de tels drames, il est impossible de ne pas s’y arrêter avec une indicible pensée de fatalité.

Le meurtre du malheureux Fersen ne fit que redoubler la rage de ceux qui venaient de verser son sang sur le pavé. Ils assaillirent la demeure de la comtesse Piper et du comte Ugglas, qu’ils regardaient comme ses complices, et la garnison de la ville ne parvint qu’après de longs efforts à réprimer un désordre produit par un affreux soupçon.

Ce fut sous l’impression de cette effervescence du peuple, de ces actes de violence honteuse, que la Suède dut procéder au choix d’un nouveau prince royal. Chacun sentait que, dans la situation où le royaume avait été jeté, il lui fallait une main ferme, un courage éprouvé, pour le relever dans son affaiblissement, et le soutenir au milieu des périls qui le menaçaient de toutes parts. De son côté, la