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A huit ou neuf ans, les enfans sont employés à traîner ou à pousser les wagons, des endroits où l’ouvrier détache la houille aux principales galeries. Le toit de la mine étant souvent très bas, ces enfans doivent ramper sur leurs mains, une courroie passée autour du corps et supportant la chaîne du wagon, absolument dans l’attitude d’une bête de somme chargée de son harnais. En Ecosse, il faut qu’ils grimpent le long d’échelles presque verticales, portant une charge de houille sur leur dos. Les garçons et les filles sont employés partout indifféremment. Ce travail pénible, et qui exige un grand déploiement de force musculaire, ne dure jamais moins de onze heures, plus souvent il se continue pendant douze heures, quelquefois durant treize et quatorze heures sans interruption. Dans les temps de presse, on occupe régulièrement les ouvriers pendant la nuit.

Les commissaires ont remarqué que, lorsque les enfans ne descendaient pas dans la mine avant l’âge de dix ans, ce rude labeur, tout en arrêtant leur croissance, développait leur vigueur musculaire ; les mineurs sont plus petits, mais plus carrés que les autres ouvriers. Au reste, cette vigueur un peu monstrueuse ne dure pas ; entre vingt et trente ans, les forces d’un mineur déclinent ; il est vieux avant cinquante ans. Mais lorsque le travail commence trop tôt, l’enfant perd sa fraîcheur et sa force ; il devient rachitique et s’étiole comme une planta qui ne voit pas le soleil. Joignez à cela les mauvais traitemens, qui vont souvent jusqu’au meurtre ou jusqu’à la mutilation, et vous aurez une idée du sort que l’on réserve à ces malheureux, pour lesquels le nom d’esclave serait trop doux.

Que dire de leur condition morale ? Il ne saurait être question d’instruire des enfans qui passent douze à quatorze heures par jour à six cents pieds sous terre, et le reste de leur temps à réparer leurs forces par un sommeil qui leur semble toujours trop court. Les apprentis mineurs fréquentent rarement les écoles du dimanche et les églises, car leurs parens s’emparent de leur salaire pour le dépenser dans les cabarets ; la famille n’a pas de vêtemens de rechange à leur offrir ; les deux tiers des enfans ne savent pas lire ; la plupart n’ont jamais songé qu’ils eussent une âme, ni qu’il existât un Dieu. En revanche, il y a pour eux une école toujours ouverte au sein de leurs travaux, école de blasphème et de débauche, à laquelle ils ne peuvent pas échapper. Les hommes et les femmes mariées ou non, et même les femmes enceintes, les jeunes garçons et les jeunes filles, travaillent à peu près nus dans les mines ; ils travaillent pêle-mêle, aux mêmes heures et aux mêmes occupations. Il en résulte que, dès l’âge de douze