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registres, d’examiner les écoles, et de traduire devant les tribunaux les manufacturiers ou les parens coupables d’avoir enfreint la loi. Cette création devait froisser les mœurs de l’Angleterre, où tout citoyen considère sa maison ou son établissement comme un château-fort fermé à l’action de la puissance publique ; elle n’a été acceptée qu’avec une extrême répugnance, et pourtant, entre les mains d’hommes honorables et prudens, elle a porté les meilleurs fruits. S’il reste quelque chose de l’impulsion donnée en 1833, si la loi n’a pas complètement échoué, si l’on a recueilli des indications plus sûres pour les réformes à venir, c’est aux inspecteurs des manufactures que l’Angleterre le doit.

Depuis que l’Angleterre a définitivement séparé le travail des enfans de celui des adultes, les peuples manufacturiers ont entrepris d’opérer la même réforme, mais sans montrer beaucoup plus de sagesse dans l’exécution. Aux États-Unis, l’état de Massachusetts, le seul qui ait abordé cette difficulté, s’est borné à décider que nul enfant au-dessous de l’âge de quinze ans ne pourrait être employé dans une manufacture, à moins d’avoir fréquenté une école privée ; c’est un règlement d’éducation, ce n’est pas un règlement de travail. En Prusse, aux termes de l’ordonnance du 6 avril 1839, aucun individu ne peut être employé avant l’âge de neuf ans accomplis dans les fabriques, mines, usines ou hauts fourneaux, ni travailler plus de dix heures par jour avant l’âge de seize ans révolus ; dans aucun cas, un enfant n’est admis, s’il n’a suivi l’enseignement primaire pendant trois ans, à moins de prouver qu’il sait lire et écrire, ou à moins de recevoir dans les écoles attachées aux fabriques l’instruction qui lui a manqué. M. Carnot, qui a visité la Prusse depuis que cette ordonnance est en vigueur, déclare que les dispositions relatives à l’instruction primaire sont seules observées. Quant à la durée du travail, elle reste ce qu’elle était, et les enfans comme les hommes sont employés au moins douze heures par jour. La mesure ne pouvait pas avoir un autre résultat. La combinaison de dix heures est encore plus mal calculée que celle de huit, et si l’on tenait la main à l’exécution, elle obligerait les adultes à ne pas travailler plus long-temps que les enfans. C’est l’humanité qui pâtit de l’inexécution de la loi ; mais on ne pourrait pas l’observer sans que l’industrie en souffrît. Dans le duché de Bade, l’âge d’admission est fixé à onze ans, et la durée du travail à douze heures, en y comprenant le temps nécessaire à l’enseignement. Un règlement de 1839, qui élevait à douze ans l’âge du travail dans les manufactures de la Basse-Autriche, a été rapporté. En Bavière, l’ordonnance royale du 15 janvier 1840 veut que les enfans ne soient admis dans les