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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/97

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qu’elle a perdus et qui s’écrie : « Pourquoi nos yeux sont-ils fatigués ? Pourquoi mon ame est-elle sombre ? Mes yeux sont fatigués, mon ame est sombre, parce que j’ai tant pleuré sur ceux qui sont morts, parce que j’ai porté le deuil de ceux qui sont partis.

« D’abord mourut mon vieux père je le pleurai pendant un an ; puis ma mère mourut : je la pleurai pendant deux ans ; puis mon jeune fiancé : je le pleurerai tous les jours de ma vie. Les murs de l’église ne sont pas plus brillans, le cimetière n’est pas plus beau depuis qu’ils m’ont enlevé mon doux trésor, mon bien-aimé.

« Le gravier cache à présent ses mains, le sable couvre sa langue, la terre couvre son beau visage. Il n’en sortira plus, il ne s’éveillera plus, mon jeune fiancé. Il a des pierres sur la tête, des pierres sous son corps, des pierres de chaque côté. »

Tantôt c’est une femme qui a été transportée loin de sa terre natale et qui la regrette sans cesse :

« Autrefois je promettais de chanter, quand je viendrais dans ce pays, de chanter avec joie, comme l’oiseau du printemps, quand je serais sur la bruyère et sur la grève, ou dans le sein des bois.

« Lorsque je reviens de la fontaine, j’entends la voix de deux oiseaux. Si j’étais moi-même un oiseau, si je pouvais chanter, moi, pauvre femme, je chanterais sur chaque rameau, je réjouirais chaque buisson.

« Je chanterais surtout quand je verrais passer un pauvre être affligé, et je me tairais à l’aspect de ceux qui sont riches et heureux.

« À quoi reconnaît-on la douleur ? Ah ! la douleur est facile à reconnaître. Celui qui souffre se plaint timidement ; celui qui est gai triomphe.

« Qu’a-t-on pensé de moi et qu’a-t-on dit, quand on m’a vu prendre un époux hors de mon pays, tourner le dos à ma demeure ? Sans doute on s’est demandé si je vivais trop bien dans ma demeure, si mon repos était trop long et mon sommeil trop doux.

« A présent me voilà sur une autre terre, dans des lieux inconnus.

« Mieux vaudrait trouver un peu d’eau dans mon pays que de boire sur un sol étranger la meilleure bière dans une cruche d’argent.

« Si je pouvais avoir, comme tant d’autres, un cheval à atteler à un traîneau, si je pouvais avoir un harnais et des rênes, je prendrais les rênes d’une main légère, et j’irais, j’irais en toute hâte, et je ne m’arrêterais pas avant de voir les champs de Savolax et la fumée du toit de mon père.

Quelquefois ce chant de deuil et de regret fait place à un conte léger et rustique :

« André, le jeune André, le fils d’un riche paysan du village, s’en va poser un réseau dans les bois, un piége pour le renard dans les champs, un piége pour les jeunes filles dans le village. Un coq de bruyère tombe dans le réseau des bois, un renard dans le piége des champs, une jeune fille dans le piége du village. André, le jeune André tue le coq de bruyère, vend le renard dans la ville voisine ; quant à la jeune fille, il la garde près de lui. »