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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/913

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boussé, étant aujourd’hui en grande faveur auprès de la foule, l’art, pour un certain nombre d’adeptes, n’a plus été qu’un métier de convention, consistant à étendre sur une certaine surface de toile de grandes zones coloriées formant un fond plus ou moins harmonieux où il était difficile, sinon impossible, à moins d’être initié, de démêler des formes et un contour. Ces artistes croyaient imiter le faire de Rubens dans ses magnifiques esquisses, mais une énorme distance sépare les compositions les plus informes de ce grand maître, ces débauches d’un grand coloriste, débauches pleines de science et de génie, de ces placages ridicules, de ces éblouissans barbouillages, dont les coryphées de la mode tapissent aujourd’hui les murailles des galeries de Pall-Mall, de Suffolk-Street, de Bond-Street, et même de Somerset-House.

Si l’on jugeait de la valeur et de la capacité d’un peuple en fait d’art d’après la quantité des produits, les Anglais mériteraient la palme en ce genre. Londres, en effet, n’a pas moins de cinq exhibitions annuelles d’ouvrages d’art : trois pour les peintres à l’huile, deux pour les peintres à l’aquarelle [1]. La plus considérable de ces expositions est celle dite de l’Académie royale, qui a lieu en mai à Somerset-House. On n’y admet que des ouvrages inédits d’artistes vivans, peintres, dessinateurs, graveurs et statuaires. Une commission composée de membres de l’Académie royale est chargée de l’examen, de la réception et du placement des ouvrages présentés. Des plaintes, des récriminations nombreuses, ont dû nécessairement s’élever contre cette espèce de jury. Le mécontentement des artistes sacrifiés a fini même par se traduire en actes et a donné lieu, vers 1805, à l’établissement de l’Institution britannique, dans Pall-Mall, puis, en 1823, après de nouveaux dissentimens ; à la fondation de la Société des artistes anglais, dans Suffolk-Street. Les nombreux et puissans dissidens qui prêtèrent leur appui à cette dernière fondation se sont efforcés, par les développemens matériels qu’ils lui ont donnés, de surpasser tout ce qui avait été fait jusqu’alors dans le même genre. Le salon d’exposition, éclairé d’en haut, n’a pas moins de sept cents pieds de long, tandis que la galerie de l’Académie royale n’a que quatre cents pieds, et celle de l’Institution britannique, trois cent trente pieds seulement. Mais, comme on est très facile sur l’admission des ouvrages présentés et qu’un bureau pour la vente des

  1. Les deux expositions de peintures à l’aquarelle (water colour drawings) ont lieu chaque année en mai.