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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/904

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ductions de la plupart de ces artistes, mouvement que Fliaxman et Chantrey dans leur genre, Lawrence, Willkie, Martin et Turner dans le leur, ont continué jusqu’à nos jours.

Sir Joshua Reynolds, qui présida le premier la nouvelle académie de peinture anglaise, et qui fut fait chevalier à cette occasion, peut être considéré, sinon comme le fondateur, du moins comme l’un des chefs les plus éminens de cette école nationale. Les peintures dont il décora le château de lord Egremont, à Petworth, sont dans leur genre le monument le plus considérable qu’aucun artiste de l’Angleterre ait produit, et sont de beaucoup supérieures aux prétendus chefs-d’œuvre dont John Thornhill a décoré les plafonds du château de Blenheim. Ce sont les loges et la chapelle Sixtine de la peinture anglaise. Le plus renommé des vingt tableaux de lord Egremont, le chef-d’œuvre de Reynolds, c’est sa grande composition de la Mort du cardinal de Beaufort ; cependant, abstraction faite de ses dimensions, ce tableau participe plutôt du genre anecdotique que du genre historique. La Mort du cardinal de Beaufort et la Strawberry-girl, la Jeune fille à la fraise, sont les seuls morceaux où sir Joshua Reynolds se soit montré aimable et puissant coloriste. Il y a surtout dans la tête de la jeune fille pensive de ce dernier tableau de ces tons dorés, de ces demi-teintes suaves d’une admirable transparence, qui rappellent à la fois l’école vénitienne et l’école flamande, mais plus particulièrement l’école vénitienne, dont Reynolds, comme la plupart des peintres anglais, avait fait une étude consommée. Sir Joshua Reynolds a frayé la route à sir Thomas Lawrence, son élève. Il est, et bien involontairement, le promoteur de la méthode heurtée et négligée, dite à la Rubens, que les artistes de l’Angleterre affectent surtout aujourd’hui.

Benjamin West succéda à Reynolds dans la direction de cette Académie de peinture de Londres, dont l’influence sur l’école anglaise a été, sinon fâcheuse, du moins nulle [1]. Il est difficile de réunir au même point qu’il l’a fait dans la plupart de ses tableaux la simplicité et l’affectation, la négligence et la recherche. Tout chez

  1. L’Académie royale, fondée pour l’encouragement de l’art, a vu la plupart des peintres et des sculpteurs contemporains de quelque talent échapper à son influence et se former en dehors de sa direction. Sir Thomas Lawrence ne put être admis dans ses écoles lorsqu’il passa l’examen de rigueur ; le docteur Monro dirigea les études de Turner ; l’Académie ne compte au nombre de ses élèves ni Martin, ni Danby, ni Stanfield, ni Bonington. Les sculpteurs Flaxman, Chantrey et Gibson furent également étrangers à ses leçons : Flaxman étudia sous son père, Chantrey commença par être sculpteur en bois à Sheffield, et Gibson décorait des proues de vaisseaux à Liverpool. On reproche à l’Académie royale de Londres un esprit d’exclusion et de jalousie qui réduit le rôle de cette institution à celui d’une coterie. Si l’on en croyait ses détracteurs, son influence se serait bornée à étendre le cercle d’une respectable médiocrité. Voyez dans Bulwer (l’Angleterre et les Anglais) le caractère de son Gloss Crimson, membre de l’Académie royale.