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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/855

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BARCLAY DE TOLLY, feld-maréchal, belle tête de Widemann.

SCHWARZENBERG, très beau buste de Schaller.

HERSCHELL, l’astronome.

DIEBITSCH-SABALSKANSKI, feld-maréchal, superbe buste de Ranch.

H.-F. BARON DE STEIN, qualifié der Deutschenn Bereyung Grtund-Stein. C’est peut-être un éloge immodéré, et c’est, en tout cas, un assez mauvais jeu de mots. Je ne sais, du reste, si l’histoire confirmera le rang que ce personnage occupe à la Walhalla ; mais son buste n’est pas indigne d’y figurer.

GNEISENAU, général prussien, le plus beau buste de Tieck.

GOETHE, le dernier de ces grands hommes, dont le portrait, quoique, estimable, méritait d’inspirer mieux l’auteur, qui est aussi M. Tieck.


Vous avez remarqué sans peine que ce choix de grands hommes, bien que généralement irréprochable et conforme au sentiment public, ne renferme pas toutes les illustrations dont l’Allemagne s’honore. Plusieurs de ces omissions ne sont sans doute que temporaires, puisque tous les bustes destinés à la Walhalla n’y sont pas encore placés ; mais il en est une, bien volontaire de la part de l’ordonnateur royal, qui a donné lieu à des plaintes amères : c’est celle de Luther, dont on cherche vainement le buste à la Walhalla, de même que ceux de Camérarius, de Mélanchthon, d’OEcolampade, bien qu’on y trouve ceux de Fr. Sickingen et d’Ulrich de Hutten. En ce qui concerne Luther, j’avoue que je suis tout-à-fait de l’avis du roi de Bavière. Le portrait de ce fougueux sectaire, à la mémoire duquel se rattachent tant de passions contemporaines, troublerait par sa présence le calme grave et solennel qui règne entre tous les illustres hôtes de la Walhalla. Je dirai plus : le sentiment de l’unité allemande, que l’auteur de ce monument a voulu produire en y réunissant tout ce qui honore à des titres divers le génie allemand, s’affaiblirait à l’aspect de cet homme, dont le nom ne rappelle que des idées de désordre, et qui porta la division dans la grande famille germanique, en portant le schisme dans l’église. L’Allemagne, qui marche dans les voies de la conciliation politique pour affermir sa nationalité, s’éloigne ainsi de celles où l’avait jetée, au xvie siècle, le génie turbulent de Luther ; et, pour que ce grand et salutaire mouvement s’accomplisse dans la société, comme il est déjà réalisé à la Walhalla, il faut que la funeste influence de cet homme cesse de s’exercer sur son pays, comme son image a été écartée du panthéon germanique [1].

Je me suis demandé si l’absence de quelques autres bustes tenait

  1. Tout en respectant l’expression que l’auteur donne à sa pensée sur la réforme, nous croyons devoir faire ici nos réserves, et rappeler que le point de vue extrême auquel il se place n’est pas celui de la Revue.
    (N. du D.)