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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/846

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et il me serait impossible d’en donner une idée par la parole ; mais on jugera du mérite de la composition entière, de l’intérêt qu’elle peut offrir dans ses détails, par l’indication succincte que je puis donner des sujets représentés dans chacune des huit grandes divisions de cette frise et de la manière dont ils sont conçus.

Le motif de la première a rapport à l’émigration des tribus venues de l’Orient et des régions du Caucase et à leur établissement sur le sol encore vierge de la Germanie. C’est une des compositions les plus heureuses que je connaisse, une des plus favorables à la sculpture qu’un artiste, homme d’invention et de talent, pût avoir à exécuter. Une longuè file de figures, remarquables par les formes d’une nature fière et sauvage en même temps que noble et primitive, compose cette marche des nations germaniques, où les guerriers en tête, puis les femmes et les enfans, et, en dernier lieu, les pasteurs avec leurs troupeaux, forment plusieurs groupes, divers de caractère et de costume, tous pleins de mouvement et de vie. Cette suite de figures se dirige vers un fleuve, sans doute l’antique Ister, le Danube moderne, dont le passage s’effectue d’une manière qui ajoute un nouvel élément pittoresque à cette vaste composition. Des combats livrés aux sauvages hôtes des forêts germaniques, à l’ure, à l’ours et au sanglier, et qui ont pour résultat l’empire de l’homme sur cette terre jusqu’alors inhabitée, le premier triomphe de la civilisation sur la nature brute, complètent ce tableau, l’une des plus grandes et des plus belles pages de la sculpture monumentale.

La vie religieuse, morale et industrielle des anciens Germains forme le sujet de la seconde division de la frise, et ce sujet est représenté aussi par un certain nombre d’épisodes, liés à une intention commune et toujours variés de caractère. Le centre de la composition est rempli par une scène de sacrifice, qui s’accomplit à l’ombre d’un vieux chêne, avec des chevaux pour victimes, des prêtres pour principaux acteurs, et des citoyens de diverses conditions pour assistans. A gauche de cette scène, un barde, accompagnant son chant inspiré du son de la harpe, explique à de nombreux auditeurs les mystères de la religion, tandis qu’un druide leur révèle les secrets d’une astronomie qui se liait, dans l’opinion de ces peuples, à la prévision des destinées humaines. Près de là, une troupe de jeunes guerriers frémit d’impatience dans l’attente de ses armes, que des artisans sont occupés à fabriquer, et cette noble impatience se manifeste surtout en face d’un peintre qui trace paisiblement des ornemens en couleur sur un bouclier qu’on semble lui disputer.