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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/843

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vérité, dans sa Walhalla et ailleurs. Il y avait donc nécessité de suppléer aux bustes pour lesquels on manquait de modèles certains par des inscriptions qui en tinssent lieu. C’est dans la partie supérieure du temple qu’ont été distribués les cartels qui contiennent ces grands noms de l’histoire allemande, en lettres de bronze doré sur fond de marbre blanc, de manière à faire servir encore ce motif de gloire nationale comme élément de la décoration architectonique du temple.

Maintenant que j’ai indiqué les principales dispositions de cet édifice, de manière à les rendre aussi intelligibles qu’on peut le faire par la parole, qu’on se transporte en idée dans ce temple si richement décoré sur toutes ses murailles, sur son pavé comme sur son plafond, rempli de tant d’images augustes et de tant de noms illustres, et qu’on me dise si un prince qui a employé tous les trésors d’un empire et toutes les ressources de l’art pour créer ainsi dans l’aine de ses peuples des sentimens d’honneur et de vertu, pour y cultiver des germes de patriotisme et de génie, en honorant tous les talens et en consacrant toutes les gloires, si ce prince n’a pas bien mérité l’estime de son siècle et la reconnaissance de son pays ?

Je n’ai parlé jusqu’ici que des principales dispositions de la Walhalla ; mais les objets d’art qui servent à la décoration de cet édifice méritent aussi à plus d’un titre de fixer l’attention. Dans la pensée du roi de Bavière, la Walhalla, d’un style grave et sévère à l’extérieur, devait offrir à l’intérieur tout le luxe de décoration que comportait la double idée d’un élysée et d’un panthéon, et cette décoration devait être puisée dans des motifs empruntés à la mythologie germanique, pour avoir un caractère national en même temps qu’un aspect antique. C’est d’après ce principe qu’ont été conçus par l’architecte tous les ornemens de la Walhalla, les statues de caryatides, les trois frontons que forment les divisions du plafond, et la frise qui règne dans tout le pourtour de la cella.

Les statues de caryatides, dont j’ai déjà fait connaître la destination et la place, représentent des Walkyries de l’élysée scandinave ; ce sont des femmes vêtues d’une espèce de nébride ou de peau de bête attachée par-dessus une tunique longue, avec de longs cheveux qui pendent sur leurs épaules et que couronnent des branches de chêne, et avec un caractère de tête qui rappelle l’ancien type germanique. Ces statues ont la nébride dorée et les draperies peintes d’une manière où se reconnaît l’instinct d’une civilisation primitive, toujours portée vers le luxe des couleurs, encore plus que l’imita-