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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/837

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dans toute son indépendance. Ce moment était arrivé en 1814, et dès cette année un programme, arrêté par Louis de Bavière lui-même invita tous les architectes allemands à concourir pour l’érection d’un monument auquel s’attachaient dès-lors tant de souvenirs et tant d’espérances.

Ce programme, que j’ai sous les yeux, et qui semblait devoir exciter une noble émulation entre tant d’artistes, jaloux de s’associer à une pensée généreuse, ne produisit cependant aucun résultat ; ce ne fut qu’en 1821 qu’un architecte, déjà célèbre en Allemagne et formé en France à l’école de Ch. Percier, M. Léon de Klenze, soumit au prince Louis un projet qui obtint son approbation, et dont l’exécution fut dès-lors arrêtée.

Il fallait d’abord choisir la place où devrait s’élever la Walhalla. L’idée du prince s’était depuis long-temps fixée sur les environs de Ratisbone, cette antique cité de la Bavière, qui, par son illustration impériale, par la douceur de son climat, par sa situation sur le principal fleuve de la Germanie, le Danube, dans une plaine bornée d’un côté par une chaîne de collines, ouverte de l’autre jusqu’aux Alpes du Tyrol, semblait le mieux répondre en effet à toutes les conditions d’un pareil monument. C’est dans cette idée et muni des instructions du prince que l’architecte, accompagné d’officiers du génie, parcourut, au printemps de 1826, tout le pays voisin de Ratisbone, sur la rive gauche du Danube, pour y découvrir l’emplacement souhaité. Le choix se fixa enfin sur une éminence escarpée, que sa forme presque conique rendait propre à servir de base au monument projeté, et du sommet de laquelle se découvre un horizon immense, borné à l’ouest par les monts pittoresques d’Abach et de Kelheim, à l’est par les fertiles plaines où coule le Danube, au nord par un enchaînement de collines boisées qui s’étendent jusqu’aux vastes forêts de la Bohême, et au midi par la chaîne lointaine des Alpes bavaroises, tandis que, sur une hauteur voisine, les ruines romantiques du vieux château de Donaustauf, détruit durant la guerre de trente ans, évoquent dans ce mâle paysage un souvenir historique digne d’être associé à ceux de la Walhalla. La colline choisie pour recevoir sur son sommet ce panthéon germanique fut dès lors taillée sur ses pentes et aplanie à son faite, de manière à répondre à cette destination, et les carrières de Salzbourg, d’Adnet, de Schlanders, d’Eichstœdt et d’autres localités bavaroises, la plupart éloignées de plus de trente lieues du siége de ces travaux, fournirent les blocs de marbre colorés qui devaient servir exclusivement, à l’intérieur, à la déco-