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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/836

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faire uniquement avec du fer, du charbon et de la vapeur ; et dans ce siècle tout industriel, la Walhalla, qui n’est en réalité qu’une œuvre d’art, peut devenir aussi productive en son genre, que si c’était une ligne ou un réseau de chemins de fer.

Vous serez donc curieux de connaître ce monument, qui peut exercer, sur la destinée de toute une nation, cette sorte d’influence morale qui résulte des monumens de l’art, et qui devient d’autant plus nécessaire à la société, qu’elle tend à se réduire au seul enseignement de ses institutions si mobiles, à la seule action de ses industries si variables. A cet égard, je me crois en mesure de satisfaire votre curiosité, car j’ai passé toute une journée à étudier la Walhalla dans son ensemble et dans ses détails, et, en l’observant, comme je l’ai fait, presque seul à l’intérieur du monument, dont une foule d’habitans des campagnes assiégeaient le seuil sans qu’on leur en permît l’entrée, j’ai pu me livrer à mes impressions bien plus librement que si je m’étais trouvé dans un cortège royal.

Tout le monde s’accorde à dire que la pensée d’ériger aux grands hommes de la Germanie un temple sous le nom de Walhalla, emprunté, comme vous le savez, à la mythologie du Nord, que cette pensée, certainement très digne d’un grand prince, appartient au roi Louis de Bavière et qu’elle lui fut inspirée à un âge où il est bien rare que les princes aient des idées aussi sérieuses. Ce fut en 1806, à une époque où l’Allemagne, épuisée par de nombreux revers et affaiblie dans tous ses membres, semblait avoir perdu jusqu’au sentiment de son indépendance, que le jeune Louis de Bavière, alors âgé de vingt ans, conçut le projet de consacrer à tous les grands souvenirs de sa nation un monument qui pût devenir, en des temps plus heureux, un sanctuaire de patriotisme et d’honneur. C’est en lisant l’histoire de Jean de Müller que le futur monarque de la Bavière avait eu cette inspiration mâle et forte comme le génie de ce grand écrivain ; et le buste de Jean de Müller, demandé dès cette époque à un habile sculpteur, fut le premier ornement projeté pour ce temple, qui n’existait encore que dans l’imagination d’un prince de vingt ans. Le monument une fois conçu demeura l’idée fixe du jeune héritier de la maison de Wittelsbach, à travers toutes les vicissitudes politiques que subit l’Allemagne et la Bavière elle-même, dans l’intervalle de 1807 à 1814. Des bustes de grands hommes de l’Allemagne continuèrent d’être exécutés par des sculpteurs allemands pour l’ornement de ce temple en perspective, qui ne pouvait s’élever qu’au sein de l’Allemagne rendue tout entière à son propre génie et rétablie