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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/833

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de l’empire de Napoléon, ouvrit l’ère des nouvelles destinées politiques de l’Allemagne. Rien de plus légitime, assurément, que de célébrer par des monumens une époque d’affranchissement, que d’exalter de toute manière dans l’esprit des peuples le sentiment de leur nationalité et la passion de leur indépendance. Cependant l’Allemagne, assise aujourd’hui dans sa force et dans sa sécurité, tendant à l’unité par le progrès des idées et par le lien des intérêts, bien que livrée encore à la division sous le rapport des croyances religieuses et des doctrines philosophiques ; l’Allemagne, aussi peu inquiète de ses propres destinées que jalouse de troubler celles des autres états, semble ne pas éprouver au même degré que ses princes ce besoin d’émotions politiques rattachées à des temps déjà bien loin de nous, et à des évènemens sur lesquels l’histoire n’a pas encore prononcé son irrécusable jugement. D’après ce que j’ai pu observer de l’Allemagne en la traversant jusqu’ici, le besoin qui se fait le plus profondément sentir à cette nation si éclairée, si intelligente et si honnête, c’est celui du progrès intellectuel, qui marche d’accord avec le progrès politique ; mais ce besoin, pour être satisfait, a besoin de la paix, de celle des esprits et des cœurs, comme de celle des affaires, et les anniversaires qui semblent moins un sujet de triomphe pour un peuple qu’une menace pour un autre, ne sont pas ceux auxquels se porte l’Allemagne entière avec tous ses souvenirs du passé et toutes ses convictions du présent. J’avais vu le 18 octobre célébré à Francfort, ville libre, par une revue de la garnison et de la garde civique, sans autre intérêt que celui qui s’attache, parmi nous aussi, à une parade officielle. Si je me fusse trouvé le même jour à Ratisbone, j’aurais vu le même anniversaire fêté à l’ouverture de la Walhalla par une manifestation d’un autre genre, où le vrai patriotisme allemand aurait pris tout aussi peu de part ; mais, Français en Allemagne, je ne pouvais oublier que le 18 octobre est inscrit comme un jour de deuil dans les fastes de mon pays, et j’aurais cru, en assistant à une fête célébrée ce jour-là, m’associer à des sentimens hostiles qu’il ne mérite pas, et qu’en tout cas il a cessé de provoquer.

J’arrivai donc à Ratisbone le 20, précisément le surlendemain du jour où l’inauguration de la Walhalla avait été faite par le roi de Bavière, avec bien moins d’éclat qu’on n’avait dû s’y attendre. Pour qui connaît la destination de cet édifice et le luxe à la fois royal et patriotique employé à sa décoration, il était naturel de penser que la consécration d’un pareil monument serait célébrée avec une pompe extraordinaire, et que son fondateur voudrait y mettre en présence