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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/82

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« Maintenant il faut que je quitte la maison d’or, la chambre de mon père, la demeure hospitalière de ma mère.

« Que le bonheur soit avec toi, ô ma chère chambre, couverte de lambris ! il me sera doux de revenir ici, de te revoir encore. Que le bonheur soit avec toi, chambre de mon père, avec ton plancher de bois ! Que le repos soit à jamais dans cette habitation, dans les beaux arbres qui l’entourent, dans les champs que je vais quitter, dans les forêts pleines de fruits savoureux, dans le lac avec ses cent îles, dans la vallée où j’ai grandi avec la bruyère !

Ilmarinen emporte la jeune fille dans un traîneau et s’écrie « Adieu, maison de Pohiola, adieu, arbustes du ruisseau, arbres puissans de la forêt, broussailles des champs, fruits de la vallée, et vous, plantes du lac, et vous, rameaux de l’aulne, tiges du bouleau, racines du sapin, adieu. »

Et il s’éloigne, tenant d’une main les rênes de son cheval, de l’autre enlaçant le corps de sa jeune femme, un genou hors du traîneau, un genou près d’elle. Le cheval court avec rapidité, le traîneau glisse légèrement sur la neige. Bientôt Ilmarinen distingue la fumée de son toit ; il arrive à la porte de sa demeure, et sa mère est là qui accourt avec tendresse au-devant de la jeune mariée, et les festins recommencent, et Wæinemœinen, reprenant sa harpe, célèbre tour à tour dans ses chants les hôtes de la maison.

À ce chant nuptial succède un épisode dont l’incorrigible Louminkainen, qui a déjà passé par l’empire des morts, est encore le héros. Il a appris les projets de mariage, il veut les faire échouer, il veut retourner à Pohiola et épouser lui-même la jeune fille. En vain sa mère lui représente avec angoisse les douleurs qu’il a déjà souffertes, les dangers auxquels il va de nouveau s’exposer. Le tenace Finlandais ne redoute rien, il veut partir, il part, et, en apprenant que le mariage auquel il voulait s’opposer est conclu, que sa bien-aimée est loin, il entre dans une telle fureur, qu’il appelle au combat tous ceux qui l’entourent, et commence par tuer le maître de la maison. Il revient chez sa mère et lui raconte ce qui s’est passé. La pauvre mère l’engage à se dérober aux poursuites de ses ennemis, elle lui indique un refuge dans une île où il passe d’abord une heureuse vie au milieu d’un grand nombre de jeunes filles. On dirait l’île enchantée de Circé, et il est probable qu’il y a plus d’un souvenir de la tradition grecque dans ces chants du peuple finlandais.

Un beau jour, Louminkainen s’aperçoit que son bateau est brûlé. Il en reconstruit un aussitôt, s’abandonne de nouveau à la mer, et arrive sur la grève de Pohiola. La terrible sorcière du logis amasse alors une quantité de frimas et enchaîne l’embarcation du voyageur aventureux dans les glaces. Lui-même n’échappe qu’avec peine à la rigueur subite du froid, se retire dans une forêt inconnue, et s’écrie dans l’amer repentir de sa témérité « Malheur à moi, pauvre homme ! dans quel péril me suis-je jeté ! Combien de jours, combien d’années faudra-t-il que j’erre vainement ? Maintenant ma mère pleure à son foyer, ma nourrice se désole : — Où est mon fils, dit-elle, mon fils abandonné ? Est-il dans les champs de Tuoni, dans les sombres