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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/816

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mons des prédicateurs en vogue, dans les promenades publiques, partout où le beau monde se rassemble, se trouve quelqu’un des leurs, vêtu avec goût et luxe, affichant des manières distinguées, se mêlant à la foule avec aisance, et bientôt montres, lorgnettes et bijoux ont disparu entre ses mains ; des femmes jeunes et brillantes entrent dans les magasins, se font montrer cent objets précieux et glissent avec adresse les plus riches sous leur élégante pélerine. On ne saurait dépeindre la fécondité de leurs ruses, l’audace de leurs projets, l’énergie de leurs moyens d’exécution : ils forment une vaste conspiration, organisée sur tous les points, contre quiconque possède,quelque chose, et qui n’est déconcertée par aucune difficulté, contenue par aucun frein, effrayée par aucun danger.

C’est à la combattre, à la réduire à l’impuissance que se consacre la police de sûreté, et elle y déploie un zèle, une habileté, un courage dignes des plus grands éloges. Elle comprend aussi des agens publics et des agens secrets ; les premiers surveillent les voleurs sans se joindre à eux ; les seconds s’en approchent davantage, et sans jamais, en aucune façon, de loin ni de près, tremper dans leurs méfaits, ils les rencontrent, les connaissent personnellement, et peuvent avec exactitude révéler les caractères, les menées de ces misérables, sauvages égarés au milieu de la civilisation, et qui pourraient se rire de nos lois, si la société n’avait, point à son service des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et des bouches pour redire les secrets de leur perversité. Les agens de la police savent leur signalement et les suivent obstinément dès qu’ils les trouvent en campagne ; ils se mêlent à leur tour au public pour le protéger ; ils saisissent la main encore nantie de l’objet volé, et le rendent au passant surpris et charmé d’une vigilance publique qui garde sa bourse mieux que lui-même ; ils les suivent dans l’hôtel où les attire une riche proie, dans l’escalier obscur qui conduit au logis solitaire d’un pauvre ouvrier au travail, ou bien ils les attendent au dehors et s’emparent à la fois du voleur, de ses instrumens et du produit de ses rapines. Quand un recéleur est connu, ils prennent possession de sa maison ; sans se montrer, ils en ouvrent la porte à ses cliens éhontés, et ceux-ci, au lieu du complice qui leur donnera le prix du butin, trouvent l’agent de la force publique qui les prend au collet. Sur le récit des circonstances d’un vol, ils pourront en dire l’auteur : il y a quelques années, les médailles de la Bibliothèque royale ayant été soustraites, les agens, à la vue des procédés employés, désignèrent l’homme qui, plus tard, se déclara lui-même coupable. A défaut de signe spécial,