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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/759

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arracher peu à peu à leur grossière indifférence et les régénérer. C’est cette société qui est l’organe de la loi de progrès dans un pays où il reste encore tant de grandes réformes à entreprendre, et qui sert d’intermédiaire à des peuples qui, sans son assistance, se rapprocheraient peut-être difficilement. C’est par elle surtout que les idées de civilisation se répandent dans les lointaines régions de l’empire russe, et c’est elle qui, par ses manières séduisante et son hospitalité libérale, fait chérir cette contrée à tous les voyageurs.

En quittant Pétersbourg, après y avoir éprouvé mainte émotion pénible et mainte joie inespérée, je me rappelais cette apostrophe que lui adressait Pouschkin : « Ville magnifique, ville misérable, esprit de servitude, régularité systématique, brunie des cieux, vert pâle, ennui froid, et granit, je te regrette pourtant, car dans tes rues je vois courir parfois un pied léger, je vois flotter une boucle de cheveux blonds. » Comme le poète, je regrettais Pétersbourg, mais c’était en songeant à cette société au sein de laquelle j’avais passé bien des heures de causerie et d’épanchemens affectueux, à cette société aimable et sérieuse qui allie dans son incessante activité les traditions du passé aux rêves ambitieux de l’avenir.


X. Marmier.