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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/719

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cieux chapitre. J’étais dans ma voiture au milieu d’une plaine monotone, la tête penchée sur un livre : tout à coup je sens quelque chose d’humide qui me frappe le front, je me lève, j’aperçois un enfant qui courait à côté des chevaux, et tournait son visage vers moi ; je crus qu’il m’avait jeté du gravier ou de la terre, et je lui adressai en colère je ne sais plus quelles rudes injures. Le pauvre enfant s’enfuit effrayé, et, en me rasseyant, je trouvai à côté de moi un bouquet d’anémones ; c’étaient les premières fleurs du printemps, les premiers dons d’une froide nature, que l’innocent enfant m’apportait pour recevoir en échange une légère aumône. Je me reprochai mon injustice, je voulus faire arrêter la voiture, il était trop tard. Quand je le rappelai, l’enfant courait encore, plus fort et s’en allait avec douleur chercher un refuge dans sa cabane.

Grace à l’honnêteté, à la douceur des habitans de ce pays, un voyage en Finlande est comme une heureuse et facile promenade, et, quand j’arrivai à la station voisine, de Helsingfors il me sembla que la route avait été bien courte.

Je venais de voir l’ancienne et vénérable ville d’Abo, fondée par la Suède, ennoblie par la Suède, déchue, de sa grandeur du jour où elle avait été séparée du pays d’où lui venaient sa vie et sa fortune ; j’entrais dans la ville nouvelle adoptée et enrichie par la Russie. C’était à quelques lieues de distance l’histoire primitive et l’histoire récente, toute la chronique du pays réunie en deux pages.

L’origine de Helsingfors ne remonte pas au-delà du XVIe siècle ; elle fut construite en 1550, par l’ordre de Gustave Vasa. Son nom lui vient d’une colonie de la province de Helsingland, établie dans le voisinage depuis plusieurs siècles. En 1639, la ville de Gustave Vasa émigra tout entière, les habitans abandonnèrent le lieu que leurs ancêtres avaient choisi, et s’en vinrent avec leurs maisons en bois s’établir sur l’emplacement où s’élève la ville actuelle d’Helsingfors. La nouvelle cité porta le même nom que l’ancienne, et Christine lui conféra d’importants privilèges. Les guerres et la peste, la famine et l’incendie, la ravagèrent tour à tour ; elle grandit péniblement et s’enrichit peu. Cent ans après sa migration, elle ne comptait pas plus de cinq mille habitans. Aujourd’hui elle, en renferme environ, seize mille, et occupe autant d’espace qu’une des grandes cités de France ; c’est une ville attrayante et animée, qui se regarde avec joie dans sa fortune nouvelle et parle avec confiance de son avenir, une ville, qui a vu, dans l’espace de quelques années, des centaines d’habitations surgir comme par enchantement dans son enceinte, et des édifices splendides s’élever, sur un sol naguère encore aride et nu. Ses rues sont larges, longues et tirées au cordeau, ses places publiques dessinées carrément, et, d’une de ses, extrémités à l’autre, Helsingfors a la symétrie des villes construites d’un seul coup, par l’autorité d’un souverain. Elle est droite comme un soldat sous les armes, coquette et parée comme une jeune femme qui aspire à faire des conquêtes. S’il se trouve encore çà et là quelque rustique construction, quelque cabane chétive, der-