Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/690

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à une sorte d’amende honorable ; pourra-t-il du moins imposer silence à l’opposition en lui prouvant, par des traités conclus, que, s’il a échoué dans la négociation belge, il a conclu avec d’autres pays des conventions utiles au commerce français ? Nous le désirons sincèrement, car, étrangers à tout esprit de parti et à toute question comme à toute querelle de personnes, nous n’avons qu’un désir, c’est que les intérêts de la France soient bien compris, et que ses affaires soient bien conduites, n’importe par qui. Malheureusement nous n’entrevoyons pas de négociation dont la prochaine conclusion soit le moins du monde probable. Pour l’Amérique du sud, les distances sont telles, que les négociateurs français, fussent-ils heureux dans leurs missions, ne peuvent rien transmettre au gouvernement pendant la session. En Europe, avec qui peut-il traiter utilement ? Avec l’Angleterre ? Ce serait aujourd’hui une négociation des plus délicates et des plus dangereuses pour le cabinet. Avec l’union allemande ? Tout ce qu’on a publié à cet égard n’a pas le moindre fondement. Il en est de même des bruits qu’on a répandus relativement à une négociation avec la Suisse. Ce sont des fables. Il faudrait, pour les prendre au sérieux, ne pas avoir la moindre connaissance de la Suisse, de sa situation présente, de son administration et de son système fédéral. Restent quelques états italiens et l’Espagne. Il y aurait sans doute là matière à traités, à des traités essentiellement utiles à toutes les parties contractantes ; mais nos rapports avec l’Espagne ne sont pas de nature à nous laisser espérer de pareils résultats, et quant aux états italiens, ils sont d’ordinaire si méticuleux et si lents dans toutes leurs négociations, qu’en toutes choses il est facile, avec eux, de commencer, mais presque impossible de finir.

La guerre civile ensanglante de nouveau la Syrie. Les Syriens de Bechari viennent de repousser un corps turc qui pénétrait dans leurs montagnes. Ailleurs, la révolte est sur le point d’éclater. Les Druses arrêtent et pillent les caravanes que l’escorte albanaise ne suffit plus à protéger. Voilà le produit net du traité du 15 juillet, de l’alliance anglo-russe, de cette administration turque que lord Palmerston et lord Ponsonby étaient si impatiens de rétablir en Syrie. Qu’ils sont honorables pour l’Europe, pour notre civilisation, pour le christianisme, les succès obtenus par le canon de Beyrouth ! L’Europe, la diplomatie européenne doit rougir de l’état où elle a placé l’Orient, et le jour n’est pas loin où l’opinion publique lui en demandera un compte sévère. On ne se moque plus aujourd’hui de l’opinion publique, lorsque, long-temps patiente et incertaine, elle se montre à la fin résolue, énergique, générale. La bataille de Navarin, le royaume de Grèce, attestent sa puissance, et elle n’est pas à bout de ses œuvres à l’endroit de l’Orient. Quoi 1 le gouvernement turc ne vit que de la protection européenne ! abandonné à lui-même, il se trouve frappé d’impuissance, et l’Europe, divisée par ses rivalités, paralysée par les terreurs de la question d’Orient, se montre à Constantinople encore plus impuissante que le divan, et ne sait pas obtenir de la Porte un arrangement tolérable pour les chrétiens, que tout lui commande de protéger ! Et tandis que la civilisation européenne s’efforce, sous