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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/689

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vagues, générales ! On s’était contenté de se dire : Un Zollverrein a été conclu en Allemagne ; donc une union commerciale est possible, facile, entre la Belgique et la France 1 car, si la question avait été étudiée, on aurait à l’instant même compris que la France ne pouvait associer la Belgique à ses marchés sans lui imposer les conditions devant lesquelles le gouvernement belge aurait, dit-on, reculé. Comment, en effet, imaginer que la France livrerait ses frontières, ses riches monopoles, sa législation fiscale, aux préposés, aux employés, aux autorités belges, et cela pour le plaisir de mettre en commun son industrie et ses trente-quatre millions de consommateurs avec l’industrie et les quatre millions de consommateurs qu’offre l’état voisin ?

La surprise du gouvernement belge ne serait explicable qu’en supposant les demandes du gouvernement français exorbitantes, inutiles, purement vexatoires. Il faudrait, pour en juger, connaître ce que nous ne connaissons point, le texte du projet. A la vérité, quelques journaux en ont donné une sorte d’extrait ; mais les assertions dénuées de tout fondement qui l’accompagnaient ont fait douter de l’extrait lui-même, on a pu croire que tout était également imaginaire. Quoi qu’il en soit, il est plus que probable que le gouvernement s’expliquera un jour sur cette ébauche de négociation, et nous pourrons alors apprécier au juste la situation, les exigences et les refus des deux cabinets. Disons notre pensée tout entière : la Belgique aura sans doute reculé devant les- conditions proposées, mais probablement le ministère, tout préoccupé de son existence, a été charmé de la résistance des négociateurs belges ; au lieu de chercher à lever les obstacles, il se sera efforcé de les multiplier. Un ministère qui doute de lui-même et ne dispose pas d’une majorité compacte ne peut accomplir un acte aussi considérable qu’une union commerciale.

En attendant, laissons les industriels privilégiés se livrer à une sorte d’émeute que ne nous taxerons pas de criminelle, niais qui est, n’en déplaise, quelque peu ridicule. Pauvre humanité ! que n’a-t-on pas dit des Bordelais lorsque, il y a peu d’années, ils s’élevaient, ils se coalisaient, ils déclamaient contre le système prohibitif, contre les envahissemens du nord de la France sur le midi ? Aujourd’hui on les imite et ondes dépasse. Soit. Il est nécessaire que des scandales arrivent, aujourd’hui au midi, demain au nord, aujourd’hui pour certains intérêts particuliers, demain pour d’autres intérêts tout aussi particuliers et plus égoïstes encore, pour des intérêts uniquement préoccupés de beaucoup gagner aux dépens du pays, de sa dignité et de sa grandeur. Ce sont là des enseignemens pour la France ; ils ne seront pas perdus. Le pays est trop intelligent, trop éveillé, pour se laisser long-temps induire en erreur. Après avoir toléré les saturnales des intérêts privés, il voudra assurer le triomphe, célébrer la fête de l’intérêt national.

Il n’est pas moins vrai que le ministère s’est créé une difficulté de plus. Ses adversaires lui demanderont compte de ce qu’il n’a pas fait ; ses amis, de ce qu’il avait essayé de faire. Les uns demanderont un cabinet plus puissant, les autres un cabinet moins aventureux. M. Fulchiron voudra le condamner